Passerelles vers l’Un

TED Talks : Voyage au coeur de la compassion

novembre 25, 2009 · Laisser un commentaire

Une vidéo en anglais de TED talks sur la compassion par notre enseignant  Swami Dayananda Saraswati

http://www.ted.com/talks/swami_dayananda_saraswati.html 

La transcription en anglais est disponible sur la même page; les sous titres (en anglais pour l’instant…) peuvent être activés en cliquant sur ‘view sub titles’ en bas de l’écran vidéo.  

N’hésitez pas à partager vos commentaires sur cette vidéo et sur ce que la compassion signifie pour vous !

Vous pouvez voir d’autres vidéos sur le thème de la compassion à  http://www.ted.com/themes/the_charter_for_compassion.html et aussi visiter le site ‘the Charter for Compassion’ à http://charterforcompassion.org/

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Accepter le passé – Une méditation et prière par Swami Dayananda

septembre 16, 2009 · Laisser un commentaire

Accepter le passé. Se libérer du poids de notre passé et de son influence sur notre comportement dans le présent.  C’est là une nécessité soulignée à la fois par la psychologie et par toutes les traditions spirituelles. Mais comment mener à bien ce processus ?

Ce processus implique de revisiter patiemment, intimement les évènements de notre passé en y incluant les individus qui ont contribué à notre histoire personnelle. Il est mené à la lumière de notre compréhension de l’ordre, de cette intelligence et de ce pouvoir infini présent au sein même de l’univers, supportant et imprègnant tout être et objet.

En effet, le ‘grand ordre’ qui est manifesté sous la forme de l’ordre physique, biologique, physiologique, l’ordre du dharma et du karma, etc. et de leurs lois,  se manifeste également sous la forme de l’ordre psychologique. Cet ordre est présent au coeur de mes pensées, de mes émotions, de la manière dont je me comporte et interagis avec le monde extérieur. Plus je vois cet ordre en moi et en aussi en chacune des personnes qui ont eu une influence sur mon passé, plus j’accepte mon passé sans résistance, demandes ni attentes.

Il y a donc là un travail minutieux et immense, d’intégration, d’acceptation de tous les éléments qui constituent notre passé. Il est mené avec un regard bienveillant et objectif, un état d’esprit d’ouverture qui est capable d’accueillir les faits du passé tels qu’ils sont.

Voici une méditation traduite  de l’anglais de Swami Dayananda Saraswati  qui nous donne quelques éléments pour initier ce processus:

Lorsque je dis que j’accepte le passé, de quel type d’acceptation s’agit-il ? Est-ce une acceptation avec réluctance, résistance, à contre coeur  ou avec du ressentiment ? Ou est-ce une acceptation simple et pleine ? Quand j’accepte avec ressentiment ou à contre coeur, mon attitude envers ce qui est accepté est différente. Lorsque j’accepte totalement, mon état d’esprit est différent. J’accepte avec résistance ou sans enthousiasme un travail qu’on m’offre et que je n’aime pas. Mais quand quelqu’un m’offre une fleur, je l’accepte pleinement, totalement avec gratitude et joie.

L’état d’esprit requis dans l’acceptation est celui qui est présent lorsque j’accepte joyeusement certains aspects de la nature, comme les montagnes, les arbres ou le ciel. Pour comprendre cet état d’esprit, cette disposition, imaginez un ciel bleu et clair ou un ciel nocturne éclairé par la lumière de la lune, les étoiles et les planètes, qui brillent et scintillent. Je ne veux pas que le ciel soit différent, encore moins les étoiles, la lune et les nuages qui passent. Je ne veux pas non plus être différent. Il y a une acceptation totale.

Dans ce cas, je suis totalement objectif; mes désirs, mes préférences et aversions ont disparu. Je ne blâme pas le ciel. Je ne condamne rien ; je suis totalement objectif. J’accepte ce qui est. Si je dois accepter mon passé, avec tous ces personnages, ces gens et ces situations qui composent mon passé, tous ceux qui ont joué un rôle dans la construction de mon passé, je les accepte comme j’accepte le ciel. Puis-je, avec ce même état d’esprit accepter toutes les personnes qui ont eu leur part dans mon passé ? Chacun a contribué à mon passé, à mes souffrances, à ma peine et à ma douleur.

Tout en reconnaissant leur contribution, je ne peux me permettre de blâmer aucun d’entre d’eux. Chacun a agi comme il ou elle l’a fait à cause de son passé, sa propre histoire personnelle. Nul ne pouvait faire plus que ce qu’il ou elle a fait. Enfant, je ne pouvais pas faire mieux non plus. En conséquence, j’accepte l’enfant en moi et mon interprétation de toutes ces situations. J’accepte totalement chacune des personnes concernées. J’arrive à recevoir, à accueillir ces personnes avec le même état d’esprit que j’ai quand je regarde un ciel limpide et bleu.

J’accepte ma mère, ses problèmes, ses attitudes, son manque de sensibilité avec le même état d’esprit. J’accepte mon père, ses problèmes, ses habitudes, sa colère et son manque d’attention. Je n’ai aucune difficulté à accepter leurs qualités. Mon problème est uniquement au niveau de leur manque d’attention et de sensibilité à mon égard.

Chacun est comme il ou elle peut être. Nul ne peut être plus que ce qu’il est. J’accepte le feu tel qu’il est, chaud. De même, objectivement, j’accepte mon père et ma mère, mes soeurs et mes frères.

Toutes les personnes qui sont entrées dans ma vie, contribuant d’une manière ou d’une autre et à un certain degré à ma souffrance, je les accepte toutes. Je le fais en sachant pleinement qu’elles ont chacune causé en moi un certain degré de souffrance. Je ne prétends pas qu’ils ou elles étaient des anges. Je ne dis pas qu’ils étaient bons envers moi. Je reconnais leur rôle dans ma souffrance. Dans le même temps, je les accepte objectivement pour ce qu’ils sont, mes maîtres, mes collègues, mes amis, mes flirts ; ils ont tous contribué à mes blessures intérieures à leur façon. Je les accueille, les intègre, les reçois en moi, un à un, avec le même état d’esprit que lorsque je regarde le ciel.

Mon état d’esprit n’est peut-être pas comparable à celui qui m’habite quand on m’offre une fleur. Je pourrai avoir cet état d’esprit plus tard, mais pour l’instant, ce que je veux c’est cette attitude avec laquelle je regarde le ciel, les montagnes, les arbres et les animaux à l’état sauvage. Avec une certaine objectivité dans mon regard, j’accepte chaque personne au fur et à mesure que je les évoque en pensée. Il y a là un processus patient, détaillé et exhaustif. Je n’oublie personne. Je ne condamne personne.

Une autre erreur commune est que nous nous condamnons nous-même. Je ne me blâme pas. Enfant, j’étais totalement impuissant et plus tard, en grandissant, souvent désemparé. La personnalité qui s’est formée dans mon enfance quand j’étais impuissant a continué d’interpréter les situations, me maintenant dans mon impuissance. Je ne suis donc pas à blâmer, et je ne veux pas non plus blâmer les autres. Je ne peux pas me permettre de les condamner.

O Seigneur, je prie pour que tu me donnes

Un état d’esprit qui accepte totalement

Chaque individu avec lequel j’étais en relation

Et qui m’a affecté.

Chacun est seulement

Comme il ou elle peut être.

Je ne blâme aucun d’entre eux

O Seigneur, donne-moi cet état d’esprit

Qui fera que j’accepte toutes ces personnes

Telles qu’ils étaient, telles qu’elles sont.

Je ne veux pas changer mon passé

Parce que je ne peux pas le changer

Je ne peux pas changer des événements

Qui ont déjà eu lieu

Je ne peux non plus changer mes réactions.

Tout ce que je recherche, ô Seigneur

C’est un état d’esprit objectif

Puis éventuellement un esprit joyeux

Donne-moi un esprit objectif

Afin que je puisse accepter tous ces personnages

Qui ont joué un rôle dans l’histoire de ma vie

Quelle histoire !

Je ne peux pas changer le déroulement de cette histoire

Elle a déjà été mise en scène et jouée.

O Seigneur, accorde moi d’avoir cette disposition d’esprit

Qui m’aide à revenir

Sur toute la suite d’évènements de cette histoire

Et sur chacun des acteurs

Objectivement

Avec humour et légèreté.

Je ne veux changer aucun des événements

Parce que je ne peux pas les changer.

Quand je blâme, je veux changer

Quand je me plains, je veux changer

Quand j’éprouve du ressentiment,

Je veux changer.

O Seigneur

Donne­-moi l’état d’esprit

Qui acceptera tous ces personnages

Et la manière dont j’ai réagi à leurs actions.

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Soyez le changement que vous voulez voir

août 15, 2009 · Laisser un commentaire

Voici une courte vidéo réalisée pour Times of India dans le cadre de leur campagne de recherche de nouveaux et jeunes leaders pour l’Inde. La citation est de Mahatma Gandhi.

Le message est fort et résonne bien au delà des frontières de l’Inde…

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Non dualité en bandes dessinées…??

juillet 31, 2009 · Laisser un commentaire

Une amie nous a envoyé un message avec comme titre Non dualité en bandes dessinées. Quand j’ai vu ce titre, je me suis dit que c’était là une association totalement incongrue de mots et de mondes…

A ma surprise, ce mariage marche ! A cause de l’humour, de la légèreté, du sens de la dérision et de la provocation…qui font partie intégrante de l’enseignement.

C’est un plaisir de voir comment Bob Seal parvient à nous faire réfléchir et sourire sur certaines idées préconçues que nous avons au sujet du Vedanta et aussi sur les montagnes d’incompréhension, de résistance que l’enseignement peut soulever ! J’espère que les dessins de Bob Seal donneront des idées à des dessinateurs français passionnés de Vedanta, ou pour être plus réaliste, disons à des passionnés de Vedanta qui savent dessiner…

Le saut du chercheur - Je sauterai si tu me promets que je ne vais pas mourir !

Le saut du chercheur - Je sauterai si tu me promets que je ne vais pas mourir !

Omni present map - Bob Seal

Carte de l'Omniprésent - Vous êtes ici - Bob Seal

Pour voir d’autres dessins de Bob Seal, voir sa collection à http://advaitatoons.blogspot.com/ et sur son site à http://www.bobseal.com/.

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Vilayanur Ramachandran – A propos de votre esprit – TED

juillet 31, 2009 · Laisser un commentaire

Pour prolonger mon billet précédent sur L’esprit, la conscience et le sentiment de soi, voici une vidéo de Vilayanur Ramachandran. Dr V. Ramachandran est neurologue et Directeur du ‘Center for Brain and Cognition’ à l’université de Californie, San Diego, et professeur adjoint au Salk Institute.

C’est un orateur exceptionnellement brillant qui nous explique ici au travers trois pathologies peu courantes le fonctionnement du cerveau humain, de manière simple, directe et pleine d’humour. Son approche, qui est la plus couramment utilisée dans ce domaine, est de faire correspondre (‘map’ en anglais) les fonctions de l’esprit à des structures physiques du cerveau, en étudiant certains désordres cérébraux causés par des blessures, des accidents vasculaires cérébraux, ou des maladies d’origine génétique, etc. Ces recherches permettent à la neurobiologie d’explorer et de tenter d’apporter des réponses sur la nature du je et de la conscience humaine.

Cette vidéo a pour origine le site de TED , qui offre depuis peu un nombre grandissant de vidéos sous-titrées en français, dans des domaines variés (technologie, philosophie, science, loisirs, mode, problèmes de société, etc.)

Vous pouvez voir la vidéo Vilayanur Ramachandran dans le site d’origine.

Pour afficher les sous-titres, cliquer sur View subtitles et choisir French (France).

Pour la liste des autres conférences disponibles en français, voir ce lien. Dans le même domaine que la vidéo de Vilayanur Ramachandran, voici les deux vidéos sous-titrées en français que j’ai trouvées :

-Jill Bolte Taylor qui raconte l’attaque cérébrale foudroyante dont elle a été victime, ce qui lui a permis d’observer comment les fonctions de son cerveau, gestes, parole et conscience de soi se sont arrêtées les unes après les autres.

-le philosophe et scientifique Dan Dennett sur la conscience.


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Faire face à la mort – Naibedya 18 et 1, Rabindranath Tagore

juin 27, 2009 · Laisser un commentaire

Ces deux poèmes (en anglais) font partie d’un recueil de 100 poèmes, Naibedya, Dialogues avec le Seigneur du Coeur, de Rabindranath Tagore. Ce recueil a été traduit du bengali en anglais par Shailesh Parekh et publié par A Writers Workshop Saffronbird Book, 2002, Ahmedabad.  Ils évoquent en quelques mots profondément émouvants la manière dont l’être humain peut faire face à la mort en l’accueillant avec la conscience de la présence du Seigneur de la Vie et de l’Univers.

Naibedya 18

Today, you have sent a messenger of death to my door.

Carrying your invitation, he has crossed the ocean and come to this shore.

Today, the night is dark

and my heart is anxious with fear.

Yet, with a lamp in my hands,

I will open the door and greet him humbly.

Today, you have sent a messenger of death to my door.

With folded hands,

I will worship him with my anxious tears.

I will worship him

by offering the wealth of my heart at his feet.

Carrying out your command, when he returns,

leaving my morning dark,

I will sit in my vacant place and offer myself at your feet.

Today, you have sent a messenger of death to my door.

Naibedya 1

O Lord of my Life,

I shall always stand before you.

O Lord of the universe,

with folded hands, I shall stand before you.

Under your endless sky,

in solitude and humility in the heart

and tears in my eyes,

I shall stand before you.

In your bewildering and varied hued world,

on the shores of the ocean of action,

amidst all the people of the world,

I shall stand before you.

When my purpose in this world is served,

O king of kings,

without a word,

I shall stand alone before you.

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Voir la réalité autrement : Bergson sur l’objet de l’art

avril 30, 2009 · Laisser un commentaire

Le Vedanta se définit lui-même comme un moyen indépendant de connaissance sous forme de mots, qui nous permet de voir la nature de la réalité de nous-même et de l’univers. Il nous invite en effet à examiner nos conclusions sur la nature de la réalité, issues de notre expérience et de nos moyens de connaissance habituels. Dans cet examen, il remet par exemple en cause la tangibilité apparente de l’univers et la réalité que nous lui attribuons, pour que nous puissions voir l’Un qui en est la réalité, au-delà de ses formes multiples et variées qui se présentent à notre perception.

Selon certains philosophes comme Bergson, l’artiste ‘car il regarde la réalité nue sans voiles’ peut aussi nous aider à briser notre regard habituel sur les choses:

La philosophie n’est pas l’art, mais elle a avec l’art de profondes affinités. Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la réalité nue sans voiles. Voir avec des yeux de peintre, c’est voir mieux que le commun des mortels. Lorsque nous regardons un objet, d’ habitude, nous ne le voyons pas ; parce que ce que nous voyons, ce sont des conventions interposées entre l’objet et nous ; ce que nous voyons, ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaître l’objet et de le distinguer pratiquement d’un autre, pour la commodité de la vie. Mais celui qui mettra le feu à toutes ces conventions, celui qui méprisera l’usage pratique et les commodités de la vie et s’efforcera de voir directement la réalité même, sans rien interposer entre elle et lui, celui-là sera un artiste.  Mais ce sera aussi un philosophe, avec cette différence que la philosophie s’adresse moins aux objets extérieurs qu’à la vie intérieure de l’âme! ” Bergson, Conférence de Madrid sur l’âme humaine, 2 mai 1916, in Mélanges, P.U.F

Selon le philosophe allemand Hegel, l’art peut nous aider à aller versune réalité plus haute et une existence plus vraie que l’existence courante’:

”Mais, justement, tout cet ensemble du monde empirique intérieur et extérieur n’est pas le monde de la réalité véritable, mais on peut dire de lui, bien plus exactement que de l’art, qu’il est une simple apparence et une trompeuse illusion. C’est au-delà de l’impression immédiate et des objets perçus immédiatement qu’il faut chercher la véritable réalité. Car n’est vraiment réel que ce qui est en soi et pour soi, la substance de la nature et de l’esprit, ce qui, tout en se manifestant dans l’espace et dans le temps, continue d’exister en soi et pour soi et est ainsi véritablement réel. Or c’est précisément l’action de cette force universelle que l’art présente et fait apparaître. Sans doute cette réalité essentielle apparaît aussi dans le monde ordinaire – intérieur et extérieur – mais confondue avec le chaos des circonstances passagères, déformée par les sensations immédiates, mêlée à l’arbitraire des états d’âme, des incidents, des caractères, etc. L’art dégage des formes illusoires et mensongères de ce monde imparfait et instable la vérité contenue dans les apparences, pour la doter d’une réalité plus haute créée par l’esprit lui-même. Ainsi, bien loin d’être de simples apparences purement illusoires, les manifestations de l’art renferment une réalité plus haute et une existence plus vraie que l’existence courante.F. Hegel - Leçons sur l’esthétique

Henri Bergson évoque ainsi dans Le rire (Chapitre III, Le comique de caractère) l’existence d’un voile entre la nature et nous.  C’est un ‘voile épais pour le commun des hommes ‘ entre nous et notre conscience.  Un voile épais qui provient de ce que ‘la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins.’ Et en cela, ‘mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique.’ Par contre, ce même voile est ‘léger et transparent pour l’artiste ou le poète’.

”Quel est l’objet de l’art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l’espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure. Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n’est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? Entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l’artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fut-ce par malice ou par amitié ? Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon cœur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique. Dans la vision qu’ils me donnent des choses et de moi-même, les différences inutiles à l’homme sont effacées, les ressemblances utiles à l’homme sont accentuées, des routes me sont tracées à l’avance où mon action s’engagera. Ces routes sont celles où l’humanité entière a passé avant moi. Les choses ont été classées en vue du parti que j’en pourrai tirer. Et c’est cette classification que j’aperçois, beaucoup plus que la couleur et la forme des choses. Sans doute l’homme est déjà très supérieur à l’animal sur ce point. Il est peu probable que l’œil du loup fasse une différence entre le chevreau et l’agneau ; ce sont là, pour le loup, deux proies identiques, étant également faciles à saisir, également bonnes à dévorer. Nous faisons, nous, une différence entre la chèvre et le mouton ; mais distinguons-nous une chèvre d’une chèvre, un mouton d’un mouton ? L’individualité des choses et des êtres nous échappe toutes les fois qu’il ne nous est pas matériellement utile de l’apercevoir. Et là même où nous la remarquons (comme lorsque nous distinguons un homme d’un autre homme), ce n’est pas l’individualité même que notre œil saisit, c’est-à-dire une certaine harmonie tout à fait originale de formes et de couleurs, mais seulement un ou deux traits qui faciliteront la reconnaissance pratique.”

Bergson poursuit son analyse et évoque la manière dont nous sommes en relation avec les choses sans les voir comme elles sont mais au travers des mots que nous surimposons à la réalite et qui masque la forme des choses.

”Enfin, pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même. Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu. Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’autres forces ; et fascinés par l’action, attirés par elle, pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes.”

L’artiste, quant à lui, possède un regard détaché sur les choses, un ‘détachement naturel…qui se manifeste par une manière virginale…de voir, d’entendre et de penser’. Et par cela, il peut nous faire voir ce qu’il voit et nous ‘révéler la nature’, ‘dans une vision plus directe de la réalité’ en nous suggérant, en pointant vers des choses qui sont au-delà des mots et de la pensée conceptuelle, des formes et des couleurs, des rythmes et des sons en utilisant en tant qu’artiste dans son propre champ d’expression ces mêmes formes et couleurs, sons, mots, etc.  Selon Bergson, Ainsi, qu’il soit peinture, sculpture, poésie ou musique, l’art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement utiles, les généralités conventionnellement et socialement acceptées, enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même.’

”Mais de loin en loin, par distraction, la nature suscite des âmes plus détachées de la vie. Je ne parle pas de ce détachement voulu, raisonné, systématique, qui est œuvre de réflexion et de philosophie. Je parle d’un détachement naturel, inné à la structure du sens ou de la conscience, et qui se manifeste tout de suite par une manière virginale, en quelque sorte, de voir, d’entendre ou de penser. Si ce détachement était complet, si l’âme n’adhérait plus à l’action par aucune de ses perceptions, elle serait l’âme d’un artiste comme le monde n’en a point vu encore. Elle excellerait dans tous les arts à la fois, ou plutôt elle les fondrait tous en un seul. Elle apercevrait toutes choses dans leur pureté originelle, aussi bien les formes, les couleurs et les sons du monde matériel que les plus subtils mouvements de la vie intérieure. Mais c’est trop demander à la nature. Pour ceux mêmes d’entre nous qu’elle a faits artistes, c’est accidentellement, et d’un seul côté, qu’elle a soulevé le voile. C’est dans une direction seulement qu’elle a oublié d’attacher la perception au besoin. Et comme chaque direction correspond à ce que nous appelons un sens, c’est par un de ses sens, et par ce sens seulement, que l’artiste est ordinairement voué à l’art. De là, à l’origine, la diversité des arts. De là aussi la spécialité des prédispositions.Et il réalisera ainsi la plus haute ambition de l’art, qui est ici de nous révéler la nature. Celui-là s’attachera aux couleurs et aux formes, et comme il aime la couleur pour la couleur, la forme pour la forme, comme il les perçoit pour elles et non pour lui, c’est la vie intérieure des choses qu’il verra transparaître à travers leurs formes et leurs couleurs. Il la fera entrer peu à peu dans notre perception d’abord déconcertée. Pour un moment au moins, il nous détachera des préjugés de forme et de couleur qui s’interposaient entre notre œil et la réalité. – D’autres se replieront plutôt sur eux-mêmes. Sous les mille actions naissantes qui dessinent au-dehors un sentiment, derrière le mot banal et social qui exprime et recouvre un état d’âme individuel, c’est le sentiment, c’est l’état d’âme qu’ils iront chercher simple et pur. Et pour nous induire à tenter le même effort sur nous-mêmes, ils s’ingénieront à nous faire voir quelque chose de ce qu’ils auront vu : par des arrangements rythmés de mots, qui arrivent ainsi à s’organiser ensemble et à s’animer d’une vie originale, ils nous disent, ou plutôt ils nous suggèrent, des choses que le langage n’était pas fait pour exprimer. – D’autres creuseront plus profondément encore. Sous ces joies et ces tristesses qui peuvent à la rigueur se traduire en paroles, ils saisiront quelque chose qui n’a plus rien de commun avec la parole, certains rythmes de vie et de respiration qui sont plus intérieurs à l’homme que ses sentiments les plus intérieurs, étant la loi vivante, variable avec chaque personne, de sa dépression et de son exaltation, de ses regrets et de ses espérances. En dégageant, en accentuant cette musique, ils l’imposeront à notre attention ; ils feront que nous nous y insérerons involontairement nous-mêmes, comme des passants qui entrent dans une danse. Et par là ils nous amèneront à ébranler aussi, tout au fond de nous, quelque chose qui attendait le moment de vibrer. – Ainsi, qu’il soit peinture, sculpture, poésie ou musique, l‘art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement utiles, les généralités conventionnellement et socialement acceptées, enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même. C’est d’un malentendu sur ce point qu’est né le débat entre le réalisme et l’idéalisme dans l’art. L’art n’est sûrement qu’une vision plus directe de la réalité. Mais cette pureté de perception implique une rupture avec la convention utile, un désintéressement inné et spécialement localisé du sens ou de la conscience, enfin une certaine immatérialité de vie, qui est ce qu’on a toujours appelé de l’idéalisme. De sorte qu’on pourrait dire, sans jouer aucunement sur le sens des mots, que le réalisme est dans l’oeuvre quand l’idéalisme est dans l’âme, et que c’est à force d’idéalité seulement qu’on reprend contact avec la réalité.”

Vos commentaires sur ce sujet sont les bienvenus ! Merci pour vos liens ou des références d’oeuvres d’art dont vous pensez qu’elles peuvent nous aider à nous interroger sur la réalité des choses et voir la réalité autrement.

Voici une illustration de la capacité de l’art à interroger les apparences de la réalité au travers une exposition ‘Une image peut en cacher une autre’, qui se tient jusqu’au 6 Juillet au Grand Palais à Paris. Voir les détails de cette exposition au lien suivant : http://www.rmn.fr/Une-image-peut-en-cacher-une-autre

Pour ceux qui n’habitent pas à Paris et veulent voir des images de cette exposition, visiter le portfolio du Journal Le Monde et aussi le parcours virtuel proposé sur le site de Rmn. Noter que ces liens risquent de ne pas rester accessibles très longtemps !

Pour en savoir plus sur le Vedanta comme moyen de connaissance,

voir les liens suivants sur le site parent du Blog:

Le Vedanta est un moyen de connaissance

Le rôle de l’enseignant

La méthodologie de l’enseignement

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A quoi ressemblerait le monde ? Une vidéo de ‘Global Oneness Project’

avril 23, 2009 · Laisser un commentaire

A quoi ressemblerait le monde s’il incarnait notre potentiel le plus élevé? ” C’est le titre du nouveau film de Global Oneness Project qui nous demande de  “réfléchir sur l’état du monde et de nous-même, et d’écouter plus attentivement ce qui est demandé de nous dans ce moment de transformation globale sans précédent.”

Pour voir la vidéo “A quoi ressemblerait le monde ? ” aller à  http://www.globalonenessproject.org/videos/whatwoulditlooklike Choisir dans ‘Choose a language’ en bas de l’écran vidéo ‘French-France’ pour des sous-titres en français.

Pour connaitre cette organisation et voir d’autres vidéos  sur “comment la notion radicalement simple d’interconnectivité peut être vécue dans notre monde de plus en plus complexe“, vous pouvez visiter leur site qui est riche et passionnant (en anglais) à  http://www.globalonenessproject.org/

Nous avons eu une longue discussion avec Neema après avoir vu ce film. Nos réflexions sont postées en anglais sur notre blog  ‘Bridges to oneness’ .

N’hésitez pas à partager avec nous vos commentaires sur ce film !

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Esprit, conscience, sentiment de je et soi

mars 21, 2009 · Laisser un commentaire

Illustration 3D cerveau humain - Source Wellcome Images

Illustration 3D cerveau humain - Source : Wellcome Images

Une des questions les plus fascinantes à laquelle les neurosciences tentent de répondre depuis leur début dans les années 1970, dans leur quête du fonctionnement de l’esprit humain, est celle de la conscience. En particulier comment expliquer le sentiment de je ou la conscience de soi? Longtemps réservé au domaine de la philosophie, ce phénomène s’étudie maintenant en laboratoire grâce à des techniques diverses dont l’imagerie cérébrale et sur les observations de la pathologie clinique. Les résultats expérimentaux de cet immense champ d’exploration commencent à livrer leurs premiers modèles et théories sur le fonctionnement de la conscience au travers de ses multiples manifestations et ses perturbations.

J’ai découvert un dossier brillant intitulé ‘La conscience vue par les neurosciences’ par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin à ce sujet. Les auteurs ont réussi le tour de force de présenter de manière succinte un récapitulatif des théories de la conscience et du moi conscient sur la base de leurs notes de lectures d’ouvrages de scientifiques comme Gerald Edelman [1], Antonio Damasio [2], [3] [4] , Chris Frith [5], Lionel Naccache [6], etc. Je vous laisse découvrir le contenu de leur site http://www.automatesintelligents.com/echanges/2008/dec/conscience.html.

Afin de pouvoir évoquer dans  des billets ultérieurs d’éventuels rapprochements entre les neurosciences et le Vedanta, et en précisant à l’avance que leurs domaines premiers d’investigations sont distincts, je vous propose de commencer par exposer ce que le Vedanta dit de la relation entre le soi ‘védantique’ (sujet que n’aborderait jamais un scientique) et l’esprit humain et la définition qu’il donne de l’ego ou du sentiment de soi (sujet abordé par les neurosciences et le Vedanta). Le texte qui suit est une traduction personnelle en français d’extraits d’un article de Swami Dayananda Saraswati intitulé ‘The psychology in Vedanta[7].

Question : Pourriez-vous décrire la relation entre le soi (self) et l’esprit (mind) et définir pour nous de quelle manière ces termes sont compris dans le Vedanta?

Swamiji: Dans le Vedanta, nous avons des mots comme  indriyâni, manah, buddhi, cittam, et ahankârah. Je vous propose de commencer par ces termes puis à partir de là, d’en venir à ce que nous comprenons par esprit, etc. Les cinq sens de la perception (indriyâ ou indriyâni) sont l’ouie, le vue, l’odorat, le goût, et le toucher qui est distribué sur tout le corps.

Nous avons ensuite la faculté de pensée qui est derrière ces cinq sens. Cette faculté de pensée est sous la forme de modifications de pensée ou de cognition, que nous appelons vrtti. Vrtti est une pensée, des pensées, des cognitions ou des formes de pensée. Nous définissons plus en avant vrtti par ces trois catégories ou types, bien qu’il y en ait de nombreux autres. Le premier est mana, puis buddhi, et le dernier est citta. Nous définissons ainsi les vrttis sous la forme de leurs trois manifestations. Mana désigne généralement le mental (mind).  Les émotions, désirs, doutes, et les oscillations et vacillations de la pensée entrent dans la catégorie de mana. Il y a ensuite un autre type de pensées qui inclut une réflexion volontaire ou délibérée. Quand il y a de la résolution, volonté, ou une décision, nous appelons cela buddhi. Les processus de raisonnement et d’inférence, etc. entrent tous dans cette catégorie. Il y a ensuite la mémoire et la capacité d’extraire les données de la mémoire que nous appelons citta.

Ainsi, ces trois ensemble – mana, buddhi, et citta – portent le nom d’antakarana (littéralement ‘instrument interne’) ou, en général, l’esprit. Celui qui possède l’esprit est l’ego ou le ‘je’ (aham). Aham est l’individu-la pensée de ‘je’ ou celui qui emploie l’esprit. Par conséquent, l’ego est le sentiment de ‘je’ (ahankâra), le sentiment d’être un individu. Tout sentiment d’appartenance, d’être un sujet connaissant, un sujet expérimentant ou jouissant, un sujet agissant ou un acteur appartiennent tous à aham.

Nous voyons l’ego par l’intermédiaire de l’esprit (mind), la buddhi, citta et le corps ou les sens. Quand vous êtes en relation avec le monde extérieur, votre vision de vous-même est que  “Je suis le fils de… ; je suis la fille de …; je suis un mari ou je suis une épouse”. Quand vous vous regardez d’un point de vue extérieur, c’est l’ego. Nous donnons une définition de l’ego seulement à partir de différents points de vue.

Le Vedanta ne voit pas l’ego comme une entité indépendante qui serait dénuée d’identification avec d’autres objets relationnels comme le corps physique, la respiration (prâna), les cinq organes des sens, le mental (mana), l’intellect (buddhi), et la mémoire (citta). Où est l’ego sans identification avec l’un de ces objets? L’ego doit s’appuyer sur une chose ou une autre. L’ego lui-même consiste en la somme des mémoires ou expériences du passé (samskâras), de nos tendances individueles ou prédilections, etc. qui, prises ensemble, constituent une personne différente de toutes les autres. Il est également variable et ne reste jamais le même. A cet instant c’est un ego heureux, puis un ego confus, ou un ego avec une certaine clarté. Et en référence à certains faits, l’ego est lucide et clair mais en référence à d’autres, il n’est pas aussi clair. Il est aussi parfois conditionné par l’inconscient personnel (kasâya). Notre vie émotionelle tout particulièrement, et parfois la réponse de l’ego au monde dépend de son inconscient ou kasâya. Cela inclut ses connaissances, ses souvenirs, son éducation et aussi la culure, la société, et ainsi de suite. Cet ego inclut tous ces élements.

[Question : Qu'en est-il de la relation entre l'ego et le soi (védantique)?]

Swamiji: L’ego (ahankâra) est donc ce qui semble être nous-même ou le soi. Le Vedanta examine plus en avant si cet ego peut être réellement le soi, car dans le sommeil profond, vous n’avez pas de sentiment de soi, d’ego. Mais pourtant, vous vous rendez compte que vous êtes bien là. Cela veut dire que vous êtes capable de faire la relation entre ce sommeil et de dire ‘mon sommeil’ lorsque vous dites au réveil, “J’ai dormi comme une souche”, etc. Vous étiez là dans le sommeil profond, n’est ce pas vrai?

Ainsi, j’étais là avant le sommeil, je suis là après, et aussi pendant le sommeil. C’est là une manière de le dire. D’une autre manière, vous pouvez aussi dire,  “J’étais conscient de mon sommeil .” “Je dormais” est une expérience. “Je dormais bien” est une expérience. Le fait que “Je n’ai rien vu de particulier pendant que je dormais profondément” est aussi une expérience. Donc, dans le sommeil profond, j’étais là. Dans un moment de joie, je suis là. L’ego que je connais-l’individu, le ‘je’, le soi avec lequel je suis familier -lui n’est pas là.

Par conséquent, de divers points de vue, quand vous examinez ce que le soi est, le Vedanta dit , “L’ ego est le soi, le soi n’est pas l’ego”. Le soi est ce qui est invariable dans toutes les situations[8]. Que vous ayiez des doutes ou que vous éprouviez une émotion, que vous réfléchissiez à un sujet ou ayiez une pensée délibérée ou preniez une décision, que vous vous rappeliez des évènements du passé, c’est le soi qui est invariable dans toutes vos expériences. Dans toutes les situations, une chose est présente, et cette chose est que vous êtes présent. “Je suis” est présent car ce sont là toutes des expériences qui sont insérées, contenues dans le soi. Le soi qui est présent dans toutes ces expériences est le soi intemporel, éternel [9].

Le Vedanta dit que le soi est conscience en tant que telle, ou ‘pure’ conscience. Alors que l’ego est conscience, la conscience apparaît comme étant variable dans l’ego. Ce que l’ego est, et ce dont l’ego est conscient de, sont tous deux le même soi. Ainsi l’esprit est le soi. Le mental est conscience. Chaque pensée est conscience. La pensée de “je” ou l’ego aussi est conscience. La cognition de tout objet est conscience. Quand l’esprit pense à un arbre, la pensée de  l’arbre est conscience. La conscience est donc invariable et elle est le soi[10].

Cette conscience qui n’est autre que le soi a-t’elle une relation avec l’esprit? Et quelle est la nature de cette relation? En réalité, elle n’est pas reliée à l’esprit ou à la pensée. L’esprit est relié au soi seulement dans le sens où l’esprit est le soi;  l’esprit n’a pas d’existence indépendante ou séparée du soi. Mais le soi n’est pas l’esprit.Tout comme cette table est purement et simplement bois et n’est jamais séparée du bois, tandis le bois n’est pas simplement la table.  Le bois continuera à exister même quand la table cessera d’exister. C’est là la relation entre ce qui est et ce qui semble être[11].

Notes

[1] Notes de lecture http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2004/aout/edelman.html

Plus vaste que le ciel. Une nouvelle théorie générale du cerveau, Gerald M. Edelman, Odile Jacob sciences 2004
Traduction française (Jean-Luc Fidel) de Wider than the sky, The Phenomenal Gift of Consciousness,
Yale university Press, 2004

[2] [3] Notes de lecture http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2000/nov/A_Damasio.html

-L’erreur de Descartes, Antonio Damasio, Editions Odile Jacob 1995 – Traduction française de “Descartes’ Error Emotion, reason and the human brain” – Putnam and sons 1994

-Le sentiment même de soi, Antonio Damasio, Editions Odile Jacob 1999
Traduction française de “The feeling of what happens. Body and emotion in the making of conciousness” -Harcourt 1999

[4] Notes de lecture http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2003/sep/damasio.html

Spinoza avait raison, Antonio Damasio, Odile Jacob 2003 – Traduit de Looking for Spinoza (Harcourt Ed.)

[5] Notes de lecture http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2007/juil/frith.html

Making up the mind, How the Brain Creates our Mental World, Christopher D. Frith – Blackwell Publishing 2007

[6] Notes de lecture http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2007/jan/naccache.html

Le nouvel inconscient – Freud, Christophe Colomb des neurosciences, Lionel Naccache,  Odile Jacob 2006

[7]Télécharger l’article complet en anglais en pdf  Psychology in Vedanta

[8] On aura compris que la conscience dont le Vedanta parle n’est pas l’équivalent de la conscience des neurosciences. Elle n’est pas la conscience de l’état de veille, du rêve ou du sommeil profond;  elle n’est pas la conscience primaire ou la conscience supérieure. Elle n’est pas non plus l’absence de conscience. Elle n’est pas le résultat d’un processus neuro-physiologique mais est ce qui est invariablement présent au sein même de tout le fonctionnement de l’esprit. La conscience est pour le Vedanta ce qui est la nature essentielle de ce qui est conscient ou inanimé, du temps et de l’espace, et de tout ce qui est dans l’univers. La conscience n’est donc pas une entité ou un processus confiné dans le corps ou le cerveau. Les mots employés dans les Upanishads en sanskrit pour désigner cette conscience sont chit (dans sat chit ananda) ou jnânam (dans satyam jnânam anantam). L’emploi du mot  ‘conscience’ peut ainsi dérouter l’étudiant. Ce qu’il faut saisir ici, c’est que le Vedanta n’a pas d’autre choix que d’utiliser des mots connus tels que conscience (chit, jnanam) et existence (sat, satyam). Mais son intention est de nous faire voir quelque chose au delà du sens littéral que nous attribuons au mot conscience et existence. Dans ce but, le Vedanta écarte le caractère limité dans le temps et l’espace qu’évoquent pour nous ces mots, existence ou conscience, par des négations. Dans le même temps, il suggère, pointe vers le sens implicite des mots, pour révéler ce qui est la réalité illimitée (anantam ou ananda) de toute chose. Voir à ce sujet dans le site une explication détaillée du rôle de l’enseignant et de la méthodologie d’enseignement

[9] Télécharger depuis le site parent du blog l’article en pdf, Définition de la conscience par Swami Dayananda

[10] Pour en savoir plus, voir L’équation Tu es cela et La nature du soi dans le site parent du blog

[11] Pour en savoir plus sur cette relation , voir La clé du vedanta, satyam et mithya dans le site parent du blog

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La nature spirituelle de la musique classique Indienne

février 23, 2009 · Un commentaire

Je cherchais des références pour appuyer l’affirmation que j’ai faite dans un précédent billet sur la musique carnatique. J’en ai trouvées quelques unes dans un coffret livre+20 CD intitulé Alaap, a discovery of Indian music, publié par Times Music, une création de  Sri Aurobindo Institute of Research in  Social Sciences.

Le livret donne quelques citations en sanskrit traduites en anglais (malheureusement sans en indiquer la source) ainsi qu’une histoire relatant un dialogue entre le musicien Tansen et l’empereur  Akbar.

Nous adorons ce Brahman,
Manifesté sous la forme de Son (Nada),
Cet Un illimité sans second,
Qui est conscience,
Qui a donné naissance à l’univers
De son propre soi pour tous les êtres.

Il n’y a pas de chant sans le Nada
Ni musique sans lui;
Sans Nada il n’y a pas de danse.
L’univers tout entier n’est que Nada.

Voici l’histoire qui illustre magnifiquement la nature spirituelle de la musique dans la tradition Indienne et comment ‘le véritable musicien cherche à trouver cet Etre en lui-même et à exprimer cette Vérité qui sous-tend toute la création’.

Akbar watching as Tansen receives a lesson from Swami Haridas.

Akbar regardant Tansen recevoir un cours de Swami Haridas. Wikipedia

Le nom de Tansen est synonyme à la musique Indienne. Il était le musicien de la cour du puissant empereur Moghol Akbar. Un jour, après avoir entendu Tansen chanter, Akbar était si ravi qu’il lui demanda: “Tansen, dis-moi qui était ton maître?” “Swami Haridas, votre grandeur” répondit Tansen. Akbar lui demanda encore, “est-il un aussi grand musicien que tu l’es?” Tansen dit très humblement: “Je vous en prie, ne me comparez jamais à mon maître. Il n’est pas  musicien mais la musique elle-même.” Akbar en fut intrigué, “Alors je voudrais l’entendre.” Tansen répondit, “Mais il n’acceptera jamais de venir à la cour pour chanter.” “Dans ce cas, nous irons à lui”, dit Akbar. Tansen  était toujours hésitant, “Mon maître chante quand il le veut et il ne sera pas content d’être obligé de chanter en face de l’empereur”. Mais Akbar était déterminé, “Alors, je viendrai avec toi, déguisé comme ton serviteur.”

Alors, Tansen et Akbar voyagèrent loin pour trouver où le sage vivait, dans une hutte, son temple de la musique. Le sage reçut Tansen, son ancien élève, et son serviteur Akbar, avec amour et affection. Il écouta leur requête lmais resta silencieux. Trois jours passèrent. Puis un jour, juste avant le lever du soleil, Swami Haridas commença à chanter. Akbar et Tansen étaient captivés. Il leur sembla que la musique n’avait ni début ni fin, et autour d’eux, les arbres, les pierres, et toutes les créatures vivantes s’étaient transformées en musique. Ils s’étaient oubliés eux-mêmes.

Après quelque temps, quand le charme fut rompu, Akbar et Tansen se rendirent compte qu’ils étaitent seuls dans la hutte. Swami Haridas n’était visible nulle part. “Où est-il donc?” demanda Akbar. “Il est parti de cet endroit pour toujours, de peur que nous ne revenions l’importuner, “répondit Tansen tristement. Ils repartirent vers le palais, silencieux et pensifs.

Plusieurs jours avaient passé mais Akbar était incapable d’oublier l’effet que le chant avait eu sur lui. Un jour, il demanda à Tansen s’il connaissait le raga que Swami Haridas avait chanté. “Oui, il me l’a enseigné”, répondit Tansen. A la demande d’Akbar, Tansen s’assit et chanta une composition de ce raga comme lui seul le pouvait.

Mais le coeur d’Akbar était insatisfait, “Tansen, tu as chanté merveilleusement. mais pourtant, pourquoi est-ce que cela n’est pas la même chose que lorsque Swami Haridas avait chanté”. Tansen répondit doucement et humblement, “Mon Seigneur, je chante pour vous, l’empereur des hommes. mais mon maître chante uniquement pour le Seigneur et le Créateur de l’ univers. C’est là que réside la différence.

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