Archives de Catégorie: Poésie

La vie peut être un rituel et l’univers tout entier l’autel…

Un poème simple et profond basé sur  l’enseignement de la Bhagavad Gita écrit par notre ami du Brésil,  Bharadvaja, qui a accepté de le partager sur ce blog.

En voici une (tentative de) traduction en français :

La vie peut être un rituel
L’univers tout entier l’autel

Chacune de nos actions, une offrande

Les évènements, un enseignement
Des opportunités de grandir

Etre en harmonie
Des pas, portés par les besoins de l’autre

La compassion, comme choix délibéré

Issu de la liberté qui nous a été donnée
Faire ce qui doit être fait, un défi de tous les instants

L’attitude appropriée
Un comportement conscient, accompagné de responsabilité

Nous pouvons alors tenter

De recevoir
Tous les fruits donnés, le résultat
comme étant sacré.

Vitor Arieira Harres (Bharadvaja)
Rishikesh, 04 Juillet 2009

En savoir plus :

La Série de Videos ‘L’enseignement intemporel de la Bhagavad Gita‘, sur Youtube (en anglais avec sous-titres français)

14. Gita II, 47- Le yoga de l’action

Tu disposes d’un choix au niveau de ton action mais pas au niveau des résultats de cette action

15. B.Gita- II,48- Accepter les situations

Comment recevoir les situations qui se présentent à nous avec grâce et les accepter avec sérénité?

16. B.Gita- III,9-L’action comme offrande rituelle

Vivre dans un univers interconnecté et lui apporter son unique contribution

Le site Vedanta, Découvrir ce qui est

[1] Article en format pdf ,  La vision du Vedanta

[2] Maturité & connaissance, L’ individu et le tout

[3] Maturité & connaissance, Comment la vie peut devenir un moyen de devenir mature & Etre en harmonie avec l’ordre éthique universel

[4] L’action et les résultats de l’action, Qu’est-ce que le karma yoga?

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Faire face à la mort – Naibedya 18 et 1, Rabindranath Tagore

Ces deux poèmes (en anglais) font partie d’un recueil de 100 poèmes, Naibedya, Dialogues avec le Seigneur du Coeur, de Rabindranath Tagore. Ce recueil a été traduit du bengali en anglais par Shailesh Parekh et publié par A Writers Workshop Saffronbird Book, 2002, Ahmedabad.  Ils évoquent en quelques mots profondément émouvants la manière dont l’être humain peut faire face à la mort en l’accueillant avec la conscience de la présence du Seigneur de la Vie et de l’Univers.

Naibedya 18

Today, you have sent a messenger of death to my door.

Carrying your invitation, he has crossed the ocean and come to this shore.

Today, the night is dark

and my heart is anxious with fear.

Yet, with a lamp in my hands,

I will open the door and greet him humbly.

Today, you have sent a messenger of death to my door.

With folded hands,

I will worship him with my anxious tears.

I will worship him

by offering the wealth of my heart at his feet.

Carrying out your command, when he returns,

leaving my morning dark,

I will sit in my vacant place and offer myself at your feet.

Today, you have sent a messenger of death to my door.

Naibedya 1

O Lord of my Life,

I shall always stand before you.

O Lord of the universe,

with folded hands, I shall stand before you.

Under your endless sky,

in solitude and humility in the heart

and tears in my eyes,

I shall stand before you.

In your bewildering and varied hued world,

on the shores of the ocean of action,

amidst all the people of the world,

I shall stand before you.

When my purpose in this world is served,

O king of kings,

without a word,

I shall stand alone before you.

Voir la réalité autrement : Bergson sur l’objet de l’art

Le Vedanta se définit lui-même comme un moyen indépendant de connaissance sous forme de mots, qui nous permet de voir la nature de la réalité de nous-même et de l’univers. Il nous invite en effet à examiner nos conclusions sur la nature de la réalité, issues de notre expérience et de nos moyens de connaissance habituels. Dans cet examen, il remet par exemple en cause la tangibilité apparente de l’univers et la réalité que nous lui attribuons, pour que nous puissions voir l’Un qui en est la réalité, au-delà de ses formes multiples et variées qui se présentent à notre perception.

Selon certains philosophes comme Bergson, l’artiste ‘car il regarde la réalité nue sans voiles’ peut aussi nous aider à briser notre regard habituel sur les choses:

« La philosophie n’est pas l’art, mais elle a avec l’art de profondes affinités. Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la réalité nue sans voiles. Voir avec des yeux de peintre, c’est voir mieux que le commun des mortels. Lorsque nous regardons un objet, d’ habitude, nous ne le voyons pas ; parce que ce que nous voyons, ce sont des conventions interposées entre l’objet et nous ; ce que nous voyons, ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaître l’objet et de le distinguer pratiquement d’un autre, pour la commodité de la vie. Mais celui qui mettra le feu à toutes ces conventions, celui qui méprisera l’usage pratique et les commodités de la vie et s’efforcera de voir directement la réalité même, sans rien interposer entre elle et lui, celui-là sera un artiste.  Mais ce sera aussi un philosophe, avec cette différence que la philosophie s’adresse moins aux objets extérieurs qu’à la vie intérieure de l’âme!  » Bergson, Conférence de Madrid sur l’âme humaine, 2 mai 1916, in Mélanges, P.U.F

Selon le philosophe allemand Hegel, l’art peut nous aider à aller versune réalité plus haute et une existence plus vraie que l’existence courante’:

 »Mais, justement, tout cet ensemble du monde empirique intérieur et extérieur n’est pas le monde de la réalité véritable, mais on peut dire de lui, bien plus exactement que de l’art, qu’il est une simple apparence et une trompeuse illusion. C’est au-delà de l’impression immédiate et des objets perçus immédiatement qu’il faut chercher la véritable réalité. Car n’est vraiment réel que ce qui est en soi et pour soi, la substance de la nature et de l’esprit, ce qui, tout en se manifestant dans l’espace et dans le temps, continue d’exister en soi et pour soi et est ainsi véritablement réel. Or c’est précisément l’action de cette force universelle que l’art présente et fait apparaître. Sans doute cette réalité essentielle apparaît aussi dans le monde ordinaire – intérieur et extérieur – mais confondue avec le chaos des circonstances passagères, déformée par les sensations immédiates, mêlée à l’arbitraire des états d’âme, des incidents, des caractères, etc. L’art dégage des formes illusoires et mensongères de ce monde imparfait et instable la vérité contenue dans les apparences, pour la doter d’une réalité plus haute créée par l’esprit lui-même. Ainsi, bien loin d’être de simples apparences purement illusoires, les manifestations de l’art renferment une réalité plus haute et une existence plus vraie que l’existence courante. » F. Hegel – Leçons sur l’esthétique

Henri Bergson évoque ainsi dans Le rire (Chapitre III, Le comique de caractère) l’existence d’un voile entre la nature et nous.  C’est un ‘voile épais pour le commun des hommes ‘ entre nous et notre conscience.  Un voile épais qui provient de ce que ‘la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins.’ Et en cela, ‘mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique.’ Par contre, ce même voile est ‘léger et transparent pour l’artiste ou le poète’.

 »Quel est l’objet de l’art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l’espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure. Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n’est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? Entre nous et notre propre conscience, un voile s’interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l’artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fut-ce par malice ou par amitié ? Il fallait vivre, et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon cœur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique. Dans la vision qu’ils me donnent des choses et de moi-même, les différences inutiles à l’homme sont effacées, les ressemblances utiles à l’homme sont accentuées, des routes me sont tracées à l’avance où mon action s’engagera. Ces routes sont celles où l’humanité entière a passé avant moi. Les choses ont été classées en vue du parti que j’en pourrai tirer. Et c’est cette classification que j’aperçois, beaucoup plus que la couleur et la forme des choses. Sans doute l’homme est déjà très supérieur à l’animal sur ce point. Il est peu probable que l’œil du loup fasse une différence entre le chevreau et l’agneau ; ce sont là, pour le loup, deux proies identiques, étant également faciles à saisir, également bonnes à dévorer. Nous faisons, nous, une différence entre la chèvre et le mouton ; mais distinguons-nous une chèvre d’une chèvre, un mouton d’un mouton ? L’individualité des choses et des êtres nous échappe toutes les fois qu’il ne nous est pas matériellement utile de l’apercevoir. Et là même où nous la remarquons (comme lorsque nous distinguons un homme d’un autre homme), ce n’est pas l’individualité même que notre œil saisit, c’est-à-dire une certaine harmonie tout à fait originale de formes et de couleurs, mais seulement un ou deux traits qui faciliteront la reconnaissance pratique. »

Bergson poursuit son analyse et évoque la manière dont nous sommes en relation avec les choses sans les voir comme elles sont mais au travers des mots que nous surimposons à la réalite et qui masque la forme des choses.

 »Enfin, pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même. Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu. Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’autres forces ; et fascinés par l’action, attirés par elle, pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes. »

L’artiste, quant à lui, possède un regard détaché sur les choses, un ‘détachement naturel…qui se manifeste par une manière virginale…de voir, d’entendre et de penser’. Et par cela, il peut nous faire voir ce qu’il voit et nous ‘révéler la nature’, ‘dans une vision plus directe de la réalité’ en nous suggérant, en pointant vers des choses qui sont au-delà des mots et de la pensée conceptuelle, des formes et des couleurs, des rythmes et des sons en utilisant en tant qu’artiste dans son propre champ d’expression ces mêmes formes et couleurs, sons, mots, etc.  Selon Bergson, Ainsi, qu’il soit peinture, sculpture, poésie ou musique, l’art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement utiles, les généralités conventionnellement et socialement acceptées, enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même.’

 »Mais de loin en loin, par distraction, la nature suscite des âmes plus détachées de la vie. Je ne parle pas de ce détachement voulu, raisonné, systématique, qui est œuvre de réflexion et de philosophie. Je parle d’un détachement naturel, inné à la structure du sens ou de la conscience, et qui se manifeste tout de suite par une manière virginale, en quelque sorte, de voir, d’entendre ou de penser. Si ce détachement était complet, si l’âme n’adhérait plus à l’action par aucune de ses perceptions, elle serait l’âme d’un artiste comme le monde n’en a point vu encore. Elle excellerait dans tous les arts à la fois, ou plutôt elle les fondrait tous en un seul. Elle apercevrait toutes choses dans leur pureté originelle, aussi bien les formes, les couleurs et les sons du monde matériel que les plus subtils mouvements de la vie intérieure. Mais c’est trop demander à la nature. Pour ceux mêmes d’entre nous qu’elle a faits artistes, c’est accidentellement, et d’un seul côté, qu’elle a soulevé le voile. C’est dans une direction seulement qu’elle a oublié d’attacher la perception au besoin. Et comme chaque direction correspond à ce que nous appelons un sens, c’est par un de ses sens, et par ce sens seulement, que l’artiste est ordinairement voué à l’art. De là, à l’origine, la diversité des arts. De là aussi la spécialité des prédispositions.Et il réalisera ainsi la plus haute ambition de l’art, qui est ici de nous révéler la nature. Celui-là s’attachera aux couleurs et aux formes, et comme il aime la couleur pour la couleur, la forme pour la forme, comme il les perçoit pour elles et non pour lui, c’est la vie intérieure des choses qu’il verra transparaître à travers leurs formes et leurs couleurs. Il la fera entrer peu à peu dans notre perception d’abord déconcertée. Pour un moment au moins, il nous détachera des préjugés de forme et de couleur qui s’interposaient entre notre œil et la réalité. – D’autres se replieront plutôt sur eux-mêmes. Sous les mille actions naissantes qui dessinent au-dehors un sentiment, derrière le mot banal et social qui exprime et recouvre un état d’âme individuel, c’est le sentiment, c’est l’état d’âme qu’ils iront chercher simple et pur. Et pour nous induire à tenter le même effort sur nous-mêmes, ils s’ingénieront à nous faire voir quelque chose de ce qu’ils auront vu : par des arrangements rythmés de mots, qui arrivent ainsi à s’organiser ensemble et à s’animer d’une vie originale, ils nous disent, ou plutôt ils nous suggèrent, des choses que le langage n’était pas fait pour exprimer. – D’autres creuseront plus profondément encore. Sous ces joies et ces tristesses qui peuvent à la rigueur se traduire en paroles, ils saisiront quelque chose qui n’a plus rien de commun avec la parole, certains rythmes de vie et de respiration qui sont plus intérieurs à l’homme que ses sentiments les plus intérieurs, étant la loi vivante, variable avec chaque personne, de sa dépression et de son exaltation, de ses regrets et de ses espérances. En dégageant, en accentuant cette musique, ils l’imposeront à notre attention ; ils feront que nous nous y insérerons involontairement nous-mêmes, comme des passants qui entrent dans une danse. Et par là ils nous amèneront à ébranler aussi, tout au fond de nous, quelque chose qui attendait le moment de vibrer. – Ainsi, qu’il soit peinture, sculpture, poésie ou musique, l‘art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement utiles, les généralités conventionnellement et socialement acceptées, enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même. C’est d’un malentendu sur ce point qu’est né le débat entre le réalisme et l’idéalisme dans l’art. L’art n’est sûrement qu’une vision plus directe de la réalité. Mais cette pureté de perception implique une rupture avec la convention utile, un désintéressement inné et spécialement localisé du sens ou de la conscience, enfin une certaine immatérialité de vie, qui est ce qu’on a toujours appelé de l’idéalisme. De sorte qu’on pourrait dire, sans jouer aucunement sur le sens des mots, que le réalisme est dans l’oeuvre quand l’idéalisme est dans l’âme, et que c’est à force d’idéalité seulement qu’on reprend contact avec la réalité. »

Vos commentaires sur ce sujet sont les bienvenus ! Merci pour vos liens ou des références d’oeuvres d’art dont vous pensez qu’elles peuvent nous aider à nous interroger sur la réalité des choses et voir la réalité autrement.

Voici une illustration de la capacité de l’art à interroger les apparences de la réalité au travers une exposition ‘Une image peut en cacher une autre’, qui se tient jusqu’au 6 Juillet au Grand Palais à Paris. Voir les détails de cette exposition au lien suivant : http://www.rmn.fr/Une-image-peut-en-cacher-une-autre

Pour en savoir plus, voici quelques liens vers le site Vedanta, Découvrir ce qui est:

Sur le Vedanta comme moyen de connaissance

[1] Le Vedanta est un moyen de connaissance

[2] Le rôle de l’enseignant

[3] La méthodologie de l’enseignement

Sur la nature de la réalité

[1] Les ordres de réalité

[2] Article en pdf, la réalité selon le Vedanta


Rabindranath Tagore et la vision des Upanishads (3)

Un autre poème de Tagore cité par Heinrich Zimmer dans ‘Maya, le rêve cosmique dans la mythologie hindoue’, Fayard, qui parle de la quête vers le Divin. Que cherchons nous véritablement, au travers toutes nos poursuites ? A connaître que tout ce qui est ici n’est que Brahman, la réalité, l’Un. Tel le fleuve qui va se perdre dans la mer, dépouillé de son sentiment de séparation et d’isolement, terme ultime du chemin de la connaissance; le voyageur comprend enfin ‘là où prend fin le cours du fleuve’ que tous les noms et formes se résolvent dans l’Un.

‘Toi qui parcours les chemins, où te mènent tes pas?

Je vais à l’aurore me baigner dans la mer,

Le long du sentier planté d’arbres.

Voyageur, où est la mer?

Là où prend fin le cours du fleuve,

Où la nuit fait place à l’aube,

Où le jour bascule dans l’obscurité.

Voyageur, sont-ils nombreux à partir avec toi?

Je ne sais comment les compter.

Toutes les nuits, ils cheminent,

Une lampe à la main.

Tout le jour, ils chantent,

Sur la terre et sur les eaux.’

Heinrich Zimmer cite aussi dans le même chapitre ‘l’Hymne sur l’autre rive du Brahman’ qui semble faire écho à ce poème. Il faut noter que le mot Vishnou signifie ‘cela qui imprègne, est présent en toute chose’. Ce qui semble si lointain et inaccessible est en vérité la réalité de moi-même, de celui là même qui le cherche. La seule distance entre moi et la réalité de moi n’est que cognitive.

‘La rive la plus lointaine et inacessible, c’est Vishnou.

C’est la rive des sans-rivages.

Il est plus lointain et plus grand que les plus grands.

Sa forme est celle de l’Etre Suprême.

Il est la rive du Brahman, la rive la plus lointaine.

Lui, le Seigneur, est le Brahman.

Celui qui est devenu le tout est le Brahman.’

Liens avec le site parent Découvrir le Vedanta :

[1] La vision du Vedanta, Tu es Cela

[2] Articles en pdf; La recherche de la liberté, Faire entrer Isvara dans notre vie, Entrer en relation avec Isvara

[3] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

Rabindranath Tagore et la vision des Upanishads (2)

Deux nouveaux poèmes appartenant à la série de poèmes de Tagore. Ils expriment l’un des thèmes essentiels des Upanishads : la relation que nous avons avec le monde, les autres. Le premier poème, en anglais, donne une image saisissante de vérité des murs par lesquels je m’enferme moi-même à ce qui m’entoure.  Que ma vision étriquée des choses, centrée sur moi-même disparaisse.  Moins de moi-même, moins de ma subjectivité, moins de mes peurs, anxiétés, mon arrogance, etc. qui deviennent autant de murs invisibles mais néamoins tangibles à leur manière, que j’érige entre moi et l’univers. Plus d’objectivité, de présence à ce qui est, à la réalité telle qu’elle est, de clarté, de transparence, d’ouverture.

Mais jusqu’où aller? Faut-il que je disparaisse totalement dans ce processus? Est-ce d’ailleurs possible ? Le poète répond de manière claire: ‘laisse subsister ce peu de moi…par quoi’

Dungeon

He whom I enclose with my name is weeping in this dungeon.

I am ever busy building this wall all around;

and as thus wall goes up into the sky day by day,

I lose sight of my true being in its dark shadow.

I take pride in this great wall, and I plaster it with dust and sand at least hole

should be left in this name; and for all the care I take I lose sight of my true being.

Rabindranath Tagore

‘Laisse subsister ce peu de moi par quoi,
je puisse te nommer mon tout.
Laisse subsister ce peu de ma volonté par
quoi je puisse te sentir de tous cotés,
et venir à toi en toutes choses, et t’offrir
mon amour à tout moment.
Laisse seulement subsister ce peu de moi
par quoi je puisse jamais te cacher.
Laisse seulement cette petite attache
subsister par quoi je suis relié à ta volonté,
et par où ton dessein se transmet dans ma vie : c’est l’attache de ton amour.’

Rabindranath Tagore (Gitanjali)

Liens avec le site parent Découvrir le Vedanta :

[1] La maturité et la connaissance, Devenir un être humain mature

[2] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

[3] Articles en pdf: Faire entrer Isvara dans notre vie, Entrer en relation avec Isvara


Rabindranath Tagore et la vision des Upanishads

J’ai retrouvé des poèmes de Rabindranath Tagore dans mes notes. Je me suis rendu compte qu’ils expriment avec une grande beauté la vision émerveillée de celui qui est conscient de la présence du Divin dans sa vie, dans la nature et en lui-même.


Ces poèmes nous donnent des pistes précieuses sur la manière d’intégrer, d’assimiler l’enseignement des Upanishads au sujet d’Isvara, le Divin, qui est manifesté dans tout l’univers et en nous. Il est ainsi possible d’éprouver la présence d’un Etre, auquel je, le monde, l’ensemble des êtres humains sont fondamentalement ‘reliés’ ou en lequel ils sont ‘unis’.


Car en réalité, il n’y a qu’un seul véritable Etre qui soit, qui se manifeste sous la multiplicité des formes de l’univers, et qui m’inclut en tant qu’individu. Toutes ces formes sont en perpétuel changement, au sein même de cette intelligence et de ce pouvoir infini, et ne sont jamais séparées de Lui.


Pour arriver à cela, ce que nous avons compris grâce à l’enseignement doit s’infiltrer en profondeur à l’intérieur de nous, aller bien ‘au delà’ d’une compréhension superficielle des concepts de cause matérielle-cause intelligente, manifesté-non manifesté, maya, etc. et devenir peu à peu une réalité, un fait. Il n’y a là aucune place pour l’imagination ou l’adhésion aveugle ou forcée à un ensemble de croyances. Mais plutôt un lent travail personnel, un processus de dévoilement, une relation avec Isvara qui se construit patiemment et qui aboutit à une révolution intérieure et silencieuse, avec Sa grâce qui nous accompagne tout du long.


Ce type particulier de poésie quand elle s’allie à une l’exposition à l’enseignement est un pont pour voir la présence du Divin partout, dans notre vie. Plus j’y pense, plus je me rends compte qu’il est impossible de faire l’impasse sur Isvara si l’on veut parvenir à la sérénité, la joie et enfin la liberté.

Je laisse la parole au Poète !!


tagore

‘Le même flux de vie
qui coule dans mes veines nuit et jour
court à travers l’univers
et danse en rythmes et mesures.

C’est la même vie qui perce, heureuse,
à travers la poussière de la terre
en d’innombrables brins d’herbes
et qui éclate en vagues tumultueuses
de feuilles et de fleurs.

C’est la même vie qui est bercée dans l’océan
en flux et reflux de naissance et de mort.

Mes membres, je les sens communiquer
avec cet univers de vie
et ils deviennent resplendissants.

Et ce qui fait ma fierté,
c’est ce battement de la vie des origines
qui danse en ce moment dans mon sang.’

Rabindranath Tagore


‘Ce jeu qui est le tien

C’est de nous balancer

Au rythme d’une mélodie silencieuse

De nous balancer sur ta balançoire.

Tu nous fais monter jusqu’à la lumière

Et brusquement tu nous précipites

Au fond des ténèbres.

Quand la balançoire remonte

Ce sont des rires joyeux.

Quand elle redescend, ce sont des cris de peur.

Ce trésor qui est le tien

Tu le fais passer de ta main droite à ta main gauche

Et encore et encore.

Assis dans la solitude

Tu rassembles les soleils et les lunes

Et tu les fais tourner sans cesse

Tu les dévoiles et ils sont nus

Puis tu les habilles d’un voile qui nous les cache.

Croyant que les trésors de notre coeur nous ont été arrachés

Nous pleurons des larmes inutiles.

Mais tout est plein et complet

Rien n’a été perdu.

Il n’y a que la balançoire

Sans cesse, qui va et qui vient.’

Rabindranath Tagore (Poème 38, Utsarga)


« Lumière ! Ma lumière ! Lumière emplissant le monde, lumière baiser des yeux, douceur du coeur, lumière !
Ah ! La lumière danse au centre de ma vie! Bien-aimé, mon amour retentit sous la frappe de la lumière.

Les cieux s’ouvrent ; le vent bondit; un rire a parcouru la terre.
Sur l’océan de la lumière, mon bien-aimé, le papillon ouvre son aile.

La crête des vagues de lumière brille de lys et de jasmins.
La lumière, ô mon bien-aimé, brésille l’or sur les nuées ; elle éparpille à profusion les pierreries.
Une jubilation s’étend de feuille en feuille, ô mon amour !

Une aise sans mesure. Le fleuve du ciel a noyé ses rives ; tout le flot de joie est dehors. »

Rabindranath Tagore (Poème 59, Gitanjali)

(extrait de la version française, L’Offrande lyrique)

Liens avec le site parent Découvrir le Vedanta :

[1] L’équation Tu es Cela, la cause de l’univers

[2] L’équation Tu es Cela, la nature de ‘Cela’

[3] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

[4] Article en pdf, La vision védique de Dieu