Archives de Catégorie: Cosmologie

Expériences de Carl Jung au Nouveau Mexique et au Kenya

Notes de lecture

Jung raconte dans ce premier extrait une conversation qu’il a eue avec Mountain Lake, un chef Indien Taos Pueblos pendant son voyage au Nouveau Mexique en 1924.

Extrait de C. G. Jung, ‘Ma vie, Souvenirs, rêves et pensées’, recueillis et publiés par Aniéla Jaffé

(Mountain Lake dit 🙂 «  Les Américains veulent interdire notre religion. Pourquoi ne peuvent-ils pas nous laisser tranquilles ? Ce que nous faisons n’est pas seulement pour nous, mais aussi pour les Américains. — Et même nous le faisons pour le monde entier. Tout le monde en profite. ”

Je vis bien à son agitation qu’il faisait allusion à quelque élément très important de sa religion. Aussi lui demandai-je : “ Pensez-vous que vos pratiques religieuses profitent au monde tout entier ? ” II répondit avec beaucoup de vivacité : “ Naturellement, si nous ne le faisions pas, que deviendrait le monde ? ” Et d’un geste chargé de sens celui qui parlait montra le soleil.

Je sentis qu’ici nous arrivions dans un domaine très délicat qui touchait aux mystères du clan. “ Après tout, nous sommes un peuple, dit-il, qui demeure sur le toit du monde ; nous sommes les fils de notre Père, le Soleil, et grâce à notre religion, nous aidons quotidiennement notre Père à traverser le ciel. Nous agissons ainsi non seulement pour nous, mais pour le monde entier. Si nous arrêtions nos pratiques religieuses, dans dix ans le Soleil ne se lèverait plus. Ce serait la nuit à jamais. ”

Alors je compris sur quoi reposait la “ dignité ”, la certitude sereine de l’individu isolé : il est le fils du Soleil, sa vie a un sens cosmologique : n’assiste-t-il pas son Père — qui conserve toute vie — dans son lever et son coucher quotidiens ?

Jung raconte et commente dans ce deuxième extrait sa prise de conscience de la place de l’homme dans le cosmos et la finalité de la vie humaine. Cela s’est passé pendant son voyage au Kenya et en Uganda en 1925.

Extrait de C. G. Jung, ‘Ma vie, Souvenirs, rêves et pensées’, recueillis et publiés par Aniéla Jaffé

« Partant de Nairobi, nous visitâmes dans une petite Ford les Athi Plains, grande réserve de gibier. Sur une colline peu élevée, dans cette vaste savane, un spectacle sans pareil nous attendait. Jusqu’à l’horizon le plus lointain nous aperçûmes d’immenses troupeaux : gazelles, antilopes, gnous, zèbres, phacochères, etc. Tout en paissant et remuant leurs têtes, les bêtes des troupeaux avançaient en un cours insensible — à peine percevait-on le cri mélancolique d’un oiseau de proie : c’était le silence du commencement éternel, le monde comme il avait toujours été dans l’état de non-être ; car jusqu’à une époque toute récente personne n’était là pour savoir que c’était “ ce monde ”. Je m’éloignai de mes compagnons jusqu’à les perdre de vue. J’avais le sentiment d’être tout à fait seul. J’étais alors le premier homme qui savait que cela était le monde, et qui par sa connaissance venait seulement de le créer réellement.

C’est ici qu’avec une éblouissante clarté m’apparut la valeur cosmique de la conscience : Quod natura relinquit imperfectum, ars perficit (“ Ce que la nature laisse incomplet, l’art le parfait ”), est-il dit dans l’alchimie. L’homme, moi, en un acte invisible de création, ai mené le monde à son accomplissement en lui conférant existence objective. On a attribué cet acte au seul créateur, sans prendre garde que, ce faisant, on ravale la vie et l’être, y compris l’âme humaine, à n’être qu’une machine calculée dans ses moindres détails qui continue sur sa lancée, dénuée de sens, en se conformant à des règles connues d’avance et prédéterminées.

Dans la désolation d’un tel mécanisme d’horlogerie, il n’y a plus de drame de l’homme, du monde et de Dieu ; plus de “jour nouveau” qui mènerait à des “rives nouvelles”, mais simplement le désert de processus calculés d’avance. Mon vieil ami Pueblo me revint en mémoire: il croyait que la raison d’êtrede ses Pueblos était le devoir qu’ils avaient d’aider leur Père le Soleil à traverser chaque jour le ciel. J’avais envié chez eux cette plénitude de sens et recherché sans espoir notre propre mythe. Maintenant je l’appréhendais, et je savais en outre que l’homme est indispensable à la perfection de la création, que, plus encore, il est lui-même le second créateur du monde ; l’homme lui donne pour la première fois l’être objectif — sans lequel, jamais entendu, jamais vu, dévorant silencieusement, enfantant, mourant, hochant la tête pendant des centaines de millions d’années, le monde se déroulerait dans la nuit la plus profonde du non-être pour atteindre une fin indéterminée. La conscience humaine, la première, a créé l’existence objective et la signification et c’est ainsi que l’homme a trouvé sa place indispensable dans le grand processus de l’être.»

Plus loin dans cette autobiographie, Jung détaille en quoi consiste ‘la tâche majeure’ ou ‘la vocation’ de l’existence humaine

« La tâche majeure de l’homme devrait être… de prendre conscience de ce qui, provenant de l’inconscient, se presse et s’impose à lui, au lieu d’en rester inconscient ou de s’y identifier. Car, dans ces deux cas, il est infidèle à sa vocation, qui est de créer de la conscience. Pour autant que nous soyons à même de le discerner, le seul sens de l’existence humaine est d’allumer une lumière dans les ténèbres de l’être pur et simple. II y a même lieu de supposer que, tout comme l’inconscient agit sur nous, l’accroissement de notre conscience a, de même, une action en retour sur l’inconscient.

Extrait de C. G. Jung, ‘l’Âme et la Vie’, Le conscient et l’inconscient

« Mais pourquoi diable, allez-vous certainement demander, l’homme doit-il à tort et à travers atteindre une plus haute conscience ? Avec cette question vous touchez le centre du problème et la réponse ne m’est pas aisée. C’est une profession de foi. Je crois qu’il fallait que quelqu’un finisse par savoir que ce monde merveilleux des montagnes, des mers, des soleils et des lunes, de la voie lactée et des nébuleuses d’étoiles fixes, a son existence. Alors que je me trouvais sur l’Athi Plains en Afrique Orientale, debout sur une petite colline, et que je voyais paître des troupeaux sauvages de plusieurs milliers de têtes, sans un bruit, éventés par le souffle du monde primitif, tels qu’ils l’avaient toujours fait depuis des temps immémoriaux, j’avais le sentiment d’être le premier homme, le premier être, le seul à savoir que tout cela existait. Tout ce monde autour de moi était encore dans la paix du début et ne savait pas qu’il existait. Au moment même où je le contemplais le monde était devenu et sans ce moment il n’aurait pas été. Toute nature tend à cette fin; elle la trouve remplie en l’homme, et toujours uniquement dans l’être humain le plus conscient et le plus évolué. »

Je partagerai dans un prochain billet mes réflexions sur ces passages en évoquant la perte du mythe central de l’être humain moderne dans la perspective de l’histoire des religions et de la psychologie Jungienne. Je parlerai aussi de la finalité de l’existence humaine selon la tradition de la Non Dualité (Advaita Vedanta) et des différences entre le point de vue de Jung et celui du Vedanta.

En attendant, merci de partager les commentaires que suscitent en vous ces quelques extraits de l’oeuvre de Jung ! Bonne lecture !

L’architecture de l’univers-Georges Smoot-TED

http://ted.com/talks/view/id/404

Pour afficher les sous titres en français, cliquer sur ‘view subtitles’ et choisir ‘French’. Pour voir la vidéo sur TED, aller au lien suivant.

L’astrophysicien, cosmologiste et Nobel de Physique Georges Smoot nous montre de nouvelles images étourdissantes issues d’études de l’espace lointain, et nous enjoint à considérer comment le cosmos – avec ces toiles d’araignées géantes de matière sombre et de vides béants mystérieux – s’est développé de cette façon.

La question qui devrait vous venir à l’esprit c’est […] quel type de processus créatif et quel type d’architecture ont produit un monde comme celui-là ?

On a donc un modèle, et on peut le calculer, on peut l’utiliser pour créer des structures auxquelles nous pensons que l’univers ressemble vraiment.

Georges Smoot on the design of the universe

Quand on voit toutes ces magnifiques images résultant de longues années de recherche, ces modèles et simulations (dont une a nécessité des milliers de processeurs à l’oeuvre pendant 30 jours) on ne peut que s’émerveiller devant la connaissance inimaginable qui se manifeste dans le processus de construction de l’univers et la curiosité insatiable de l’être humain qui parvient à dé-couvrir quelques unes de ses structures fondamentales.

Lire aussi sur ce blog

1. Un regard sur l’univers – Entretien avec l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan

2. La nouvelle histoire de l’univers- Brian Swimme

3. Modern cosmology & Vedanta – Does the universe have a beginning?


Interdépendance: Le musicien et le cosmos

Quelle est ma place dans l’univers? De quelle manière puis-je dire que je suis connecté à toute chose? Quelles sont les aspects de cette relation intime et fondamentale que j’ai avec la nature, la société et les autres êtres vivants?

Lorsque je prends conscience de la réalité de l’interdépendance, ma responsabilité envers l’univers s’éveille naturellement;  je décide alors d’y apporter ma propre contribution, de manière libre et dynamique, en fonction de mes ressources et de ma place dans l’ordre des choses.

Tel un musicien de jazz qui donne libre cours à sa créativité, brode et improvise autour d’un thème qui lui est donné et exprime pleinement ses talents, tout en restant en dialogue constant avec le groupe auquel il appartient, contribuant ainsi à l’immense symphonie de l’univers.

Un grand merci à mes chers amis Dino et Elodie qui ont tourné cette vidéo en septembre 2008 à Rishikesh, sur les bords du Gange, durant une retraite intensive de Vedanta.

Vodpod videos no longer available.

Pour aller plus loin

Quelques liens vers le site, Vedanta, Découvrir ce qui est:

[1] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

[2] Article en pdf, La vision védique de Dieu

[3] Article en pdf, Entrer en relation avec Isvara

Vers des articles/vidéos sur le même sujet:

[1]  A quoi ressemblerait le monde et Réflexions (en anglais) sur cette vidéo dans Global Oneness project vidéo, What would it look like?

[2] Home, le fim de Yann Arthus Bertrand dans The beauty & delicate harmony of our planet

Le Samkhya, une voie cosmologique traditionnelle par Gabriel Arnou-Laujeac

Mon ami Gabriel Arnou-Laujeac m’a transmis son article sur le Samkhya, qui intéressera tout particulièrement ceux qui sont déjà familiers de la philosophie Indienne et du Vedanta. En effet, le Samkhya est un des six darshanas ou systèmes métaphysiques orthodoxes (c’est à dire fondés sur la révélation Védique) de l’Inde au même titre que le Vedanta, le Yoga, Purva Mimansa, etc.

Comme Gabriel le souligne dans ses notes, le Vedanta et le Samkhya s’accordent sur de nombreux points et divergent fondamentalement sur d’autres.

L’Advaita Vedanta qui est largement reconnu comme étant l’unique darshana en accord intégral avec la révélation védique, ne reconnaît pas le caractère pluriel que le Samkhya prête à la Conscience pure, pas davantage qu’il ne reconnaît le dualisme irréductible opposant le Purusha à la Prakriti, cette dernière […] ne pouvant pas avoir d’existence indépendante de l’Absolu (Brahman).

Le Vedanta reconnaît néammoins certains aspects du Samkhya: l’ordre chronologique de la manifestation cosmique, la théorie des gunas […].

Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié dans cet article les passages suivants:

La description de la Prakriti, comme principe causal Non Manifesté du monde phénoménal (Manifesté), le jeu des trois gunas qui produit l’univers et leurs caractéristiques respectives; le processus détaillé de ‘transformation du plus subtil au moins subtil, du Non Manifesté au Manifesté le plus grossier’; et enfin la fin de l’article sur la discrimination entre Purusha (le Soi) et le Non Soi (Prakriti et le jeu des gunas) qui m’a rappelé le chapitre XIV de la Bhagavad Gita (La division des trois gunas).

Pour activer la lecture de cet article en mode plein écran, sélectionner l’option ‘full en bas de l’écran de Slide Share.

Pour aller plus loin

Quelques liens vers le site, Vedanta, Découvrir ce qui est:

[1] Les ordres de réalité, La clé du Vedanta

[2] Article en pdf, La réalité selon le Vedanta

[3] L’équation Tu es Cela, La nature de ‘Cela’

[4] L’équation Tu es Cela, Résoudre l’équation

Liens vers d’autres articles sur le même sujet sur ce Blog :

[1] Modern cosmology & Vedanta : Does the universe have a beginning?

[2] Some insights into karma

Un Regard sur l’Univers: un entretien avec l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan

Afin de compléter mon billet précédent sur La nouvelle histoire de l’Univers, voici un entretien filmé avec Trinh Xuan Thuan accompagné de magnifiques images.

L’astrophysicien Trinh Xuan Thuan raconte, avec une étonnante simplicité, la grande épopée de l’Univers, de sa naissance jusqu’à l’émergence de la vie. L’architecture de l’Univers recèle une des plus grandes énigmes de la science. Pour la découvrir, il nous ouvre les portes de l’infiniment grand galaxies lointaines, étoiles géantes, planètes du système solaire et de l’infiniment petit atomes, molécules ou bactéries. Sa vision personnelle de l’Univers, son regard, enrichi au contact de la pensée Bouddhiste, jette un éclairage sur la frontière mystérieuse qui sépare la Religion de la Science.

Jérôme Corbiau, cinéaste et auteur de ce film intitulé ‘Un regard sur l’univers’

Ce fim a été posté par le cinéaste lui-même, sur Youtube en trois parties. Si vous avez d’autres liens à suggérer sur ce sujet, merci de nous laisser un petit mot de commentaire.

N’oubliez pas de voir en bas de page les liens et lectures suggérées, pour aller plus loin.

Un regard sur l’Univers 1/3

Vodpod videos no longer available.

Un regard sur l’Univers 2/3

Vodpod videos no longer available.

Un regard sur l’Univers 3/3

Vodpod videos no longer available.

Pour aller plus loin:

[1] Brian SwimmeSérie de documentaires réalisés pour Global Mind shift : ‘The new story’ et ‘Current Moment’ sur http://www.global-mindshift.org/discover/viewMeme.asp?memeid=291

[2] Bibiographie complète des ouvrages de Trinh Xuan Thuan sur son site http://www.trinhxuanthuan.com/biblio.htm

[3] Trinh Xuan Thuan – La place de l’homme dans l’univers – Rapport de l’ASMP sur les implications philosophiques de la science contemporaine – http://www.asmp.fr/travaux/gpw_philosc.htm

Liens vers d’autres articles sur le même sujet sur ce Blog :

[1] La nouvelle histoire de l’Univers

[2] Omniprésente Intelligence

[3] Modern cosmology & Vedanta : Does the universe have a beginning?

[4] Some insights into karma

Liens vers notre site, Vedanta, Découvrir ce qui est :

[1] L’équation Tu es Cela, la cause de l’univers

[2] L’équation Tu es Cela, la nature de ‘Cela’

[3] Article en pdf, La vision védique de Dieu

La nouvelle histoire de l’univers

Mandala de l'univers - Matthieu Ricard

L' Univers - Mandala par Matthieu Ricard

Durant les dernières décennies, la cosmologie moderne a bouleversé radicalement notre vision du monde. Par la nouvelle histoire qu’elle nous présente, elle peut nous conduire à comprendre intimement que nous faisons partie intégrante d’un univers, né il y a environ 14 milliards d’années dans une explosion de lumière. Un univers d’une créativité incroyable, où tout est interconnecté et régi par des principes d’auto-organisation, et qui a permis l’émergence graduelle de la complexité pour aboutir à l’être humain, la seule espèce vivante capable de prendre conscience de l’univers autour de lui, de s’interroger sur son origine, et de la découvrir pour s’en émerveiller.

C’est cette nouvelle histoire de l’univers que je développerai ici, avec l’aide des écrits d’un mathématicien cosmologiste, Brian Swimme et d’un astrophysicien, Trinh Xuan Thuan.

La nouvelle histoire

Il est évident que l’être humain a toujours eu besoin d’une histoire, un récit cadre, un mythe contenant, une vision qui puisse le situer dans le monde, donner sens à son existence et sur laquelle se fondent ses activités. Selon Brian Swimme, nous nous situons à un tournant dans l’histoire de l’humanité, car les récits mythiques anciens, les histoires de la création du monde des grandes traditions religieuses, tous les mythes de la fondation du monde, etc. que l’on peut trouver dans diverses civilisations et qui nous ont nourri durant des siècles, sont devenus dépassés d’un certain point de vue.

Dépassés car la connaissance dont l’humanité dispose maintenant est beaucoup plus précise. En effet, elle s’est fondée sur une approche empirique, un examen attentif et minutieux des phénomènes de la nature. Le résultat de 400 ans d’explorations de la science moderne qui se sont accéléré lors des dernières décennies est que nous avons maintenant la possibilité de formuler les grandes lignes d’une histoire de l’univers et de la vie. L’important est que cette nouvelle vision a des répercussions qui ne sont pas éloignés de nos préoccupations quotidiennes, comme on tend à le penser, mais au contraire est leur fondement même, car elle détermine notre place et nos actions dans le monde. Brian Swimme nous dit en effet que

‘Cette nouvelle connaissance, cette nouvelle histoire, nous permet réellement de voir qui nous sommes, de voir où nous sommes, et de voir ce que nous devons faire en tant qu’espèce, individus, nations et entreprises. Elle nous fournit un chemin fondamental vers le futur, vers une vie exaltante.’ [1]

Quelle est donc cette histoire ? Commençons par notre planète, où nous vivons, la Terre. La Terre était le centre de l’univers, jusqu’à ce que Copernic l’a mette en 1543 à sa juste place, celle d’une planète parmi d’autres tournant autour du soleil à une vitesse de 30 km/s pour accomplir son périple annuel. Le soleil est une étoile immense, de 100 fois la taille de la terre et d’une masse d’un million de fois sa masse. Il est situé à 93 millions de miles de la terre ou 8 minutes lumière. C’est à dire que nous voyons le soleil tel qu’il était 8 minutes plus tôt, ce qui est le temps que met la lumière à parvenir depuis le soleil à nos yeux à une vitesse de 300 000 km par seconde.

Le système solaire est ainsi devenu le nouveau centre, et l’est resté jusqu’au XIXème siècle, quand les scientifiques ont réalisé que le soleil n’est qu’une des 5 milliards d’étoiles qui constituent notre galaxie, la Voie Lactée. Le système solaire est situé à environ deux tiers du centre galactique vers la périphérie de la Voie Lactée et est une des 200 milliards d’étoiles de notre galaxie. La taille de la Voie Lactée est de 100 000 années lumière d’une extrémité à une autre. C’est à dire que la lumière qui part d’une de ses extrémités met 100 000 années pour parvenir à l’autre extrémité. Le soleil lui-même n’est pas immobile et accomplit un tour de notre galaxie tous les 250 millions d’années à une vitesse de 250 km/s, entraînant le système solaire tout entier dans sa ronde.

Au delà de la Voie Lactée, il y a d’autres galaxies. Des galaxies satellites, plus petites qui tournent autour de la Voie Lactée. On estime qu’il y a environ 100 milliards de galaxies dans l’univers observable. Ce qui repousse encore plus loin les frontières de notre vision de l’univers. Comme Hubble l’a découvert au XXème siècle, la galaxie la plus proche de nous est Andromède, à une distance de 2,5 millions d’années lumière. Elle est d’une taille comparable à la Voie Lactée mais ce qui est extraordinaire, c’est qu’elle est visible à l’oeil nu depuis la Terre. On peut noter avec Swimme que la lumière d’Andromède qui entre dans nos yeux aujourd’hui est partie d’Andromède il y a 2,5 millions d’années, à l’époque de l’émergence des premiers humains et des premiers outils.

Ce n’est pas tout. Comme Trinh Xuan Thuan le remarque en utilisant une image magnifique,

‘En regardant de plus en plus loin dans l’espace, avec des télescopes de plus en plus puissants, on découvre qu’il y a une organisation des galaxies en structures. Je vais prendre une image : si les galaxies sont les « maisons » de l’univers, une galaxie comme la nôtre se groupe en « groupe local » avec la galaxie d’Andromède et une vingtaine de galaxies naines. Le groupe-local équivaut à un petit village de l’univers.’ [2]

Notre Groupe Local (qui n’a pas encore trouvé de nom plus approprié) est constitué de quelques douzaines de galaxies, avec la Voie Lactée, les galaxies satellites, Andromède et ses galaxies satellites. Trinh Xuan Thuan poursuit :

’Les galaxies peuvent s’assembler en plus grand nombre dans des amas, des ensembles de milliers de galaxies qui sont comme des villes de province de l’univers ; et puis ces amas peuvent même s’assembler en superamas comme des grandes métropoles de l’univers.’ [3]

Nous sommes partis de notre galaxie, la Voie Lactée qui appartient avec Andromède, quelques galaxies satellites et naines au Groupe Local de galaxies. Puis nous avons étendu notre vision à l’Amas de la Vierge, situé à 50 millions d’années lumière, système de 2500 galaxies qui contiennent chacune 100 milliards d’étoiles. Nous avons enfin abouti à la conclusion que l’Amas de la Vierge n’est lui-même qu’un des amas composant le Super Amas de la Vierge. Trinh Xuan Thuan rajoute que

‘les galaxies ne sont pas uniformément distribuées dans l’espace : il y a de grands vides en forme de bulle de savon, avec des diamètres de cent millions d’années-lumière, et de grands murs de galaxies qui s’étendent aussi sur des centaines de millions d’années lumière.’ [4]

Ce qui est proprement stupéfiant c’est que si nous regardons l’univers du point de vue du Super amas de la Vierge, il y a de nombreux autres Super Amas. Et ces Super Amas s’éloignent les uns des autres, et cela a une vitesse d’autant plus grande que leur distance respective est grande. La grande découverte du XX ème siècle, due initialement à Einstein, qui n’a pas pu croire ce que lui révélait ses propres équations tant cela bouleversait la vision de l’univers communément admise, et confirmée bien plus tard par Edwin Hubble, est celle de l’expansion de l’univers. Et également celle de l’origine de l’univers.

En effet, si on part de cette expansion de galaxies mais en décidant de dérouler le fil des évènements à rebours dans le temps, on aboutit inévitablement à la conclusion que toutes ces galaxies proviennent d’un point ou un évènement unique, situé il y a environ 14 milliards d’années.

L’origine de l’univers a donc eu lieu dans une explosion de lumière il y a 13,7 milliards d’années à partir d’un état initial incroyablement chaud, dense et petit. La question des origines de l’être humain, de moi-même en tant qu’humain, est indissociablement liée aux commencements de l’univers. Il est important d’en savoir plus sur ce début, d’autant que la théorie du Big-Bang, qui décrit les origines de l’univers est maintenant acceptée par la majorité des scientifiques. Elle a mis du temps à s’imposer depuis l’observation de la fuite des galaxies de Hubble en 1929 mais elle a reçu la confirmation en 1965 de Penzius et Wilson qui ont entendu les résidus de lumière de cette explosion originelle, ou rayonnement fossile, avec leur radio télescope.

Laissons à présent l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan nous donner une version brève de l’origine de l’univers:

‘Les physiciens nous disent que l’univers est né du vide. Mais il ne s’agit pas du vide calme et tranquille, dépourvu de toute substance et d’activité que nous pouvons imaginer : le vide quantique est bouillonnant d’énergie, même s’il est dépourvu de matière. L’espace que nous pensons être vide est constamment traversé de champs d’énergie qui peuvent être décrits en termes d’ondes.

L’énergie du vide primordial va alors lancer l’univers dans une folle expansion que les astrophysiciens appellent ‘inflation’. Celui va entraîner un accroissement vertigineux du volume de chacune de ses parties en un temps infinitésimal….Dans le même temps, l’univers se dilue et se refroidit considérablement ce qui lui permet d’accéder à la complexité….des structures peuvent apparaître. L’énergie du vide intervient à nouveau : elle donne naissance à la matière. Einstein nous a donné la clé du mécanisme par sa formule…E=mc2. Une quantité d’énergie peut être convertie en une particule de matière (dont la masse est égale à la quantité d’énergie E divisée par le carré de la vitesse de la lumière c).

Des particules élémentaires (des quarks et des électrons, par exemple) surgissent du vide initial et se combinent pour former des atomes, des molécules et finalement des étoiles. Les étoiles s’assemblent par centaines de milliards en galaxies et les centaines de milliards en galaxies de l’univers observable se regroupent pour tisser une immense tapisserie dans le cosmos. L’infiniment petit a accouché de l’infiniment grand.’ [5]

Poursuivons cette histoire de l’univers en revenant à la planète Terre, née il y a 4,5 milliards d’années. L’apparition des formes les plus simples de la vie, des organismes monocellulaires date d’il y a 3.8 milliards d’années. De là débute l’ascension lente et graduelle de la vie vers des formes d’organisation de plus en plus complexes pour parvenir aux premiers humains, il y a 2,5 millions d’années, puis jusqu’à vous, à cet instant précis où vous lisez ces lignes. Brian Swimme dit à ce sujet que,

‘les éléments chimiques de la terre, juste en interagissant les uns avec les autres, ont donné naissance à des systèmes complexes. Quand la complexité a atteint un certain niveau, elle s’est protégée d’une membrane. Et à l’intérieur de cette membrane, la première cellule vivante. Cette nouvelle forme d’existence que nous appelons la vie a émergé des océans, des rivières et des continents….La vie a commencé approximativement il y a 3.9 milliards d’années. Depuis ce moment, la vie a subi une série de transformations…Et nous sommes l’extension de la dynamique d’auto-organisation de cette planète.’ [6]

Pour Trinh Xuan Tuanh,

‘si elle [la vie] ne peut surgir spontanément par hasard, il nous faut postuler l’existence de d’un ou de plusieurs principes d’organisation qui peuvent guider les molécules de la soupe primitive tout au long de leur parcours de l’état moléculaire jusqu’aux hélices enchevêtrées de l’ADN. Il nous faut supposer que des ‘lois de la complexité’ existent, qui permettent à la Nature de progresser…. Mais les principes d’organisation dont il s’agit ici ne réclament pas l’existence de nouvelles forces. Leur existence n’est pas non plus en contradiction avec celles des forces connues.’[7]

On peut légitimement se demander quel est le niveau d’action de ces principes d’organisation? L’astrophysicien poursuit en disant que,

‘Les principes d’organisation agissent à un niveau global, guidant et canalisant le comportement de l’ensemble des atomes et molécules de manière holistique.’ Il note aussi que ‘les principes d’organisation… émergent dés que le niveau de complexité dépasse un seuil critique….Ainsi on peut supposer que les systèmes biologiques possèdent une hiérarchie de niveaux d’organisation et qu’à chaque niveau de cette hiérarchie de nouveaux concepts et comportement émergent, qui ne peuvent être déduits de l’analyse des entités situés aux niveaux inférieurs.’ [8]

Nous savons maintenant que nous faisons partie intégrante d’un processus évolutif, d’une dynamique d’auto-organisation, qui depuis le Big Bang, a donné naissance à une diversité incroyable des formes de vie sur notre planète au cours du temps, et a évolué vers de plus en plus de complexité.

Brian Swimme conclut provisoirement sur ce point,

‘Maintenant, à ce moment même, nous sommes au milieu de cette vaste expansion cosmique. Nous venons de l’apprendre. Mais, c’est peut-être l’idée la plus radicale découverte par les scientifiques, depuis le début de la science. Nous commençons donc à trouver notre chemin vers le futur en reconnaissant que, notre présence ici, sur cette planète, au sein de cette galaxie, au sein de ce Super Amas de galaxies, dépend de l’expansion sur 13,7 milliards d’années d’énergie qui se développe vers de la complexité avec le temps. Nous nous réveillons en plein milieu de cela…c’est là où nous sommes. Nous sommes au confluent d’un évènement créateur de 13,7 milliards d’années.’ [9]


Références:

[1][6][9] Brian Swimme – Série de documentaires réalisés pour Global Mind shift : ‘The new story’ et ‘Current Moment’ sur http://www.global-mindshift.org/discover/viewMeme.asp?memeid=291

[2][3][4] Trinh Xuan Thuan – La place de l’homme dans l’univers – Rapport de l’ASMP sur les implications philosophiques de la science contemporaine – http://www.asmp.fr/travaux/gpw_philosc.htm

[5] Trinh Xuan Thuan et Matthieu Ricard – ‘L’infini dans la paume de la main’, p 47-48, Fayard, Paris, 2000

[7][8] Trinh Xuan Thuan – Le chaos et l’harmonie, la fabrication du Réel, p 451-452, Fayard, Paris, 1998

Liens avec le site parent Découvrir le Vedanta :

[1] L’équation Tu es Cela, la cause de l’univers

[2] L’équation Tu es Cela, la nature de ‘Cela’

[3] Article en pdf, La vision védique de Dieu


© 2008 Surya Tahora – Tous droits réservés

Omniprésente Intelligence

Microcosme & Macrocosme

Microcosme & Macrocosme

Ces images, publiées initialement dans le The New York Times, nous donnent certainement à penser. A gauche, l’image au microscope d’un réseau neuronal d’un cerveau de souris de Mark N. Miller de Brandeis University. A droite, une simulation sur ordinateur du Max Planck Institute du réseau de matière noire (en violet) qui connecte les galaxies (la matière visible en jaune) au sein de l’univers. Le journaliste du New York Times, David Constantine, observe que “Prises ensemble, elles suggèrent la similarité surprenante des schémas d’organisation que l’on trouve dans des phénomènes naturels entièrement différents.”

Source : http://www.kosmictom.com/

Liens avec le site parent Découvrir le Vedanta :

[1] L’équation Tu es Cela, la cause de l’univers

[2] L’équation Tu es Cela, la nature de ‘Cela’

[3] Article en pdf, La vision védique de Dieu