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Soleil et clarté de pensée: la Gayatri

Lever de soleil sur la terre-NasaSource image: Lever de soleil sur la terre – Nasa

ॐ भूर्भुवः स्वः तत्सवितुर्वरेण्यम्‌
भर्गो देवस्य धीमहि धियो यो नः प्रचोदयात्‌।

om bhūrbhuvaḥ svaḥ tat saviturvareṇyam
bhargo devasya dhīmahi dhiyo yo naḥ pracodayāt |

Om, la cause de tout l’univers, de la terre,

L’espace intermédiaire et les mondes au-dessus.

Cela est le plus adorable.

Nous invoquons cet Etre lumineux, connaissant tout.

Puisse-t’il diriger nos pensées dans la bonne direction.

Je pourrais prier pour tant de choses, comme le pouvoir, l’argent, un travail, une maison, etc. ‘O Dieu, donne moi ceci, et ceci, et aussi ceci, sans oublier cela…’ Ce serait une prière sans fin, car elle changerait sans cesse avec les circonstances. Il n’y a rien de mal dans cette forme de prière. Elle exprime notre sentiment d’impuissance face au monde, notre finitude en tant qu’individu, et de ce fait est pragmatique. Je demande de l’aide quand j’en ai besoin, mais à une entité, Dieu, que j’estime être capable de l’honorer. Et toute prière étant une action, produira des résultats, comme toute action le fait.

Mais y-a-t’il une prière qui serait plus fondamentale, qui engloberait cette forme de prière en la dépassant, dans une vision plus large? Une seule chose que je pourrais demander, et qui me m’accompagnerait tout le long de ma vie? Oui, c’est une prière pour la clarté de pensée. Pourquoi?

Parce que la vie consiste en différentes situations auxquelles nous devons faire face. Dans chacune des situations de ma vie, je dois faire des choix et prendre des décisions. La vie peut être ainsi vue comme une série de décisions.

Au niveau de mes désirs et de mes actions, que dois-je décider de poursuivre et que laisser de côté? Quelles sont mes priorités? Sur quels critères dois-je baser mes choix? Car souvent, les choses ne sont pas si claires, mais grises, ni parfaitement blanches ni noires et je peux être confus ou embarrassé dans certaines situations.

Au niveau des résultats de mes actions, où les situations qui se manifestent devant moi, comment vais-je faire la différence entre les situations que je peux changer, en utilisant ma volonté et mes efforts, et les situations que je ne peux changer et dois accepter, ou qui peuvent m’apprendre quelque chose pour grandir?

Le sens premier de cette prière, la Gayatri, peut être exprimé en ces termes: ‘Puisse cet Etre, la cause de toute chose, éclairer nos esprits et nous permettre de penser justement; puissions-nous avoir une pensée claire et lucide, puisses-Tu nous aider à sortir de notre confusion et notre subjectivité pour que nous puissions prendre des décisions appropriées dans nos vies.’

Une fois que cette objectivité devant ce qui est, cette clarté de pensée, est présente, il m’est possible de vivre pleinement, de manière efficace, dynamique et intelligente. Cette clarté, ou la recherche de cette clarté, devient par là un élément fondateur et intégrateur de ma vie.

Mot à mot: (d’après Swami Dayananda Saraswati)

Om : Om est un des noms pour Cela d’où provient toute chose, par quoi tout existe, et en quoi tout se dissout. Il signifie aussi de manière plus personnelle Celui qui soutient et protège cet univers et qui est la source de toute grâce.

bhūrbhuvaḥ svaḥ : qu’est ce que cet Om ? Il est manifesté sous la forme de toute chose. Om est bhuḥ, la terre, Om est bhuvaḥ, au-dessus de la terre et Om est suvaḥ , tout ce qui est en dehors de la portée de notre perception, tout ce qui est au-delà de la pensée, qui nous est inconnu.

Om est sous la forme de ces trois mondes; Om soutient, imprègne, est présent au sein même de toute chose. En vérité, rien dans l’univers n’est séparé de Om. Tout ce qui est ici, le monde physique, le monde subtil et le monde non manifesté ou causal est Om.

dhīmahi– nous prions, nous invoquons, nous méditons sur. Cette prière est à la première personne du pluriel. Pourquoi? Car notre bien-être en tant qu’individu dépend du bien-être des autres. Cette prière inclut donc tous les êtres humains qui sont autour de nous.

tat vareṇyam– cet Om, tat, est vareṇyam, le plus adorable, le plus vénérable, celui qui doit être invoqué et dont la grâce doit être recherchée.

devasya saviturdevasya, un être lumineux, comme le soleil qui resplendit de lumière, savituḥ, où les ténèbres (l’ignorance) sont absentes, car Il est cette intelligence, cette connaissance de la totalité présente partout.

On peut aussi dire que devasya, est l’Etre lumineux qui est manifesté sous la forme du soleil, savitu , et qui fait que le soleil est ce qu’il est. Le soleil étant au coeur du système solaire, il peut représenter par extension ce qui fait que le cosmos est ce qu’il est dans son immensité, sa complexité et sa beauté, des super amas de galaxies, des étoiles, aux quasars, trous noirs, etc.

yaḥ bharga naḥ dhiyaḥ pracodayāt yaḥ bhargaḥ , celui qui est resplendissant, qui brûle l’obscurité, écarte la confusion et l’ignorance– pracodayāt, puisse-t’Il illuminer, guider dans la bonne direction–naḥ dhiyaḥ, nos esprits

Notes :

La Gayatri a d’autres significations, plus profondes encore, qui s’ouvrent au fur et à mesure que l’on étudie les Upanishads et la Gita. Certaines de ces significations ont été évoquées brièvement dans le paragraphe détaillant le sens de chacun des mots de cette prière. La nature de Celui qui est invoqué est notamment introduite dans la première partie de la prière. Comme les Upanishads nous le montrent, tout ce qui est ici, cet univers n’est pas un ensemble d’entités aussi réelles et tangibles que nous le croyons. Tout peut être réduit, par un examen méthodique et systématique de leur réalité, à cette connaissance et ce pouvoir infini. La cause de l’univers, qui est à la fois cet immense pouvoir créateur de projeter tous ces noms et formes en changement constant, et cette immense intelligence à l’oeuvre au sein de toute chose, est présente en toute part dans l’univers. Tout comme l’argile est présente en, et pénètre de toute part un pot en argile.

Le mot vareṇyam signifie aussi Cela qui doit être choisi, et plus spécifiquement choisi d’être connu. La vérité est qu’Isvara ne fait qu’un avec moi, tu es cela disent les Upanishads, sous la forme d’une équation entre l’individu et la cause de l’univers. Je dois choisir de comprendre cette équation telle qu’elle m’est révélée par le Vedanta.

La prière devient une prière pour obtenir la connaissance, la clarté ultime, la vision de la réalité de ce qui est, sous la forme de la compréhension de cette identité :

‘Donne-moi Ta grâce pour que je puisse réfléchir en profondeur, contempler la nature de la cause de l’univers et de moi-même. Que je puisse voir clairement la non différence essentielle entre Toi et moi, tout comme la vague (l’individu) et l’océan (la cause de l’univers) ne sont rien d’autre qu’eau (Brahman, l’Un illimité, la réalité absolue).’

Pour aller plus loin, liens vers le site Vedanta, Découvrir ce qui est :

[1] Deux articles en format pdf, Faire entrer Isvara dans notre vie, Entrer en relation avec Isvara

[2] Maturité et connaissance, L’individu et le tout

Rabindranath Tagore et la vision des Upanishads

tagore

J’ai retrouvé des poèmes de Rabindranath Tagore dans mes notes. Je me suis rendu compte qu’ils expriment avec une grande beauté la vision émerveillée de celui qui est conscient de la présence du Divin dans sa vie, dans la nature et en lui-même.

 

Ces poèmes nous donnent des pistes précieuses sur la manière d’intégrer, d’assimiler l’enseignement des Upanishads au sujet d’Isvara, le Divin, qui est manifesté dans tout l’univers et en nous. Il est ainsi possible d’éprouver la présence d’un Etre, auquel je, le monde, l’ensemble des êtres humains sont fondamentalement ‘reliés’ ou en lequel ils sont ‘unis’.

 

Car en réalité, il n’y a qu’un seul véritable Etre qui soit, qui se manifeste sous la multiplicité des formes de l’univers, et qui m’inclut en tant qu’individu. Toutes ces formes sont en perpétuel changement, au sein même de cette intelligence et de ce pouvoir infini, et ne sont jamais séparées de Lui.

 

Pour arriver à cela, ce que nous avons compris grâce à l’enseignement doit s’infiltrer en profondeur à l’intérieur de nous, aller bien ‘au delà’ d’une compréhension superficielle des concepts de cause matérielle-cause intelligente, manifesté-non manifesté, maya, etc. et devenir peu à peu une réalité, un fait. Il n’y a là aucune place pour l’imagination ou l’adhésion aveugle ou forcée à un ensemble de croyances. Mais plutôt un lent travail personnel, un processus de dévoilement, une relation avec Isvara qui se construit patiemment et qui aboutit à une révolution intérieure et silencieuse, avec Sa grâce qui nous accompagne tout du long.

 

Ce type particulier de poésie quand elle s’allie à une l’exposition à l’enseignement est un pont pour voir la présence du Divin partout, dans notre vie. Plus j’y pense, plus je me rends compte qu’il est impossible de faire l’impasse sur Isvara si l’on veut parvenir à la sérénité, la joie et enfin la liberté. Je laisse la parole au Poète !!

 

‘Le même flux de vie
qui coule dans mes veines nuit et jour
court à travers l’univers
et danse en rythmes et mesures.

C’est la même vie qui perce, heureuse,
à travers la poussière de la terre
en d’innombrables brins d’herbes
et qui éclate en vagues tumultueuses
de feuilles et de fleurs.

C’est la même vie qui est bercée dans l’océan
en flux et reflux de naissance et de mort.

Mes membres, je les sens communiquer
avec cet univers de vie
et ils deviennent resplendissants.

Et ce qui fait ma fierté,
c’est ce battement de la vie des origines
qui danse en ce moment dans mon sang.’

Rabindranath Tagore

 

‘Ce jeu qui est le tien

C’est de nous balancer

Au rythme d’une mélodie silencieuse

De nous balancer sur ta balançoire.

Tu nous fais monter jusqu’à la lumière

Et brusquement tu nous précipites

Au fond des ténèbres.

Quand la balançoire remonte

Ce sont des rires joyeux.

Quand elle redescend, ce sont des cris de peur.

Ce trésor qui est le tien

Tu le fais passer de ta main droite à ta main gauche

Et encore et encore.

Assis dans la solitude

Tu rassembles les soleils et les lunes

Et tu les fais tourner sans cesse

Tu les dévoiles et ils sont nus

Puis tu les habilles d’un voile qui nous les cache.

Croyant que les trésors de notre coeur nous ont été arrachés

Nous pleurons des larmes inutiles.

Mais tout est plein et complet

Rien n’a été perdu.

Il n’y a que la balançoire

Sans cesse, qui va et qui vient.’

Rabindranath Tagore (Poème 38, Utsarga)

 

« Lumière ! Ma lumière ! Lumière emplissant le monde, lumière baiser des yeux, douceur du coeur, lumière !
Ah ! La lumière danse au centre de ma vie! Bien-aimé, mon amour retentit sous la frappe de la lumière.

Les cieux s’ouvrent ; le vent bondit; un rire a parcouru la terre.
Sur l’océan de la lumière, mon bien-aimé, le papillon ouvre son aile.

La crête des vagues de lumière brille de lys et de jasmins.
La lumière, ô mon bien-aimé, brésille l’or sur les nuées ; elle éparpille à profusion les pierreries.
Une jubilation s’étend de feuille en feuille, ô mon amour !

Une aise sans mesure. Le fleuve du ciel a noyé ses rives ; tout le flot de joie est dehors. »

Rabindranath Tagore (Poème 59, Gitanjali)

(extrait de la version française, L’Offrande lyrique)

Liens avec le site parent Découvrir le Vedanta :

[1] L’équation Tu es Cela, la cause de l’univers

[2] L’équation Tu es Cela, la nature de ‘Cela’

[3] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

[4] Article en pdf, La vision védique de Dieu