La vie peut être un rituel et l’univers tout entier l’autel…

Un poème simple et profond basé sur  l’enseignement de la Bhagavad Gita écrit par notre ami du Brésil,  Bharadvaja, qui a accepté de le partager sur ce blog.

En voici une (tentative de) traduction en français :

La vie peut être un rituel
L’univers tout entier l’autel

Chacune de nos actions, une offrande

Les évènements, un enseignement
Des opportunités de grandir

Etre en harmonie
Des pas, portés par les besoins de l’autre

La compassion, comme choix délibéré

Issu de la liberté qui nous a été donnée
Faire ce qui doit être fait, un défi de tous les instants

L’attitude appropriée
Un comportement conscient, accompagné de responsabilité

Nous pouvons alors tenter

De recevoir
Tous les fruits donnés, le résultat
comme étant sacré.

Vitor Arieira Harres (Bharadvaja)
Rishikesh, 04 Juillet 2009

En savoir plus :

La Série de Videos ‘L’enseignement intemporel de la Bhagavad Gita‘, sur Youtube (en anglais avec sous-titres français)

14. Gita II, 47- Le yoga de l’action

Tu disposes d’un choix au niveau de ton action mais pas au niveau des résultats de cette action

15. B.Gita- II,48- Accepter les situations

Comment recevoir les situations qui se présentent à nous avec grâce et les accepter avec sérénité?

16. B.Gita- III,9-L’action comme offrande rituelle

Vivre dans un univers interconnecté et lui apporter son unique contribution

Le site Vedanta, Découvrir ce qui est

[1] Article en format pdf ,  La vision du Vedanta

[2] Maturité & connaissance, L’ individu et le tout

[3] Maturité & connaissance, Comment la vie peut devenir un moyen de devenir mature & Etre en harmonie avec l’ordre éthique universel

[4] L’action et les résultats de l’action, Qu’est-ce que le karma yoga?

Accepter le passé (2)- Une méditation et prière par Swami Dayananda Saraswati

Pour faire suite à mon billet précédent sur le processus qui conduit à l’acceptation du passé, une nécessité soulignée par la psychologie et par toutes les traditions spirituelles, voici une seconde méditation et prière de Swami Dayananda Saraswati à ce sujet :

O Seigneur, je te demande de l’aide
Pour être capable d’accepter mon passé.
Le passé n’est pas le méchant de l’histoire,
Et ne doit pas être considéré avec mépris.
Le passé a fait de moi ce que je suis maintenant.

Chaque expérience était une source d’enrichissement.
Le problème ne vient pas du fait que j’ai un passé
Mais de ce que je me vois comme une victime du passé
Parce que je l’accepte pas.

Que cela devienne clair pour moi.
Je ne hais pas mon passé.

Dans la haine, il y a déni, rejet du passé. Je ne peux renier mon passé et encore moins le rejeter. Le passé est ce qu’il est, c’est un fait déjà accompli. Je ne peux absolument rien y changer, c’est un fait. Le problème est que lorsque je rejette le passé, lorsque j’éprouve du ressentiment envers le passé, je ne l’accepte pas.

Lorsque je me critique, je critique le passé. Cela veut dire que je ne l’accepte pas. Plus je vois que le passé ne peut pas changer, plus je me libère de mon ressentiment, ma rancoeur, mon animosité, ma colère, mes remords, mes regrets, etc.

Nous dépensons notre temps et notre énergie à éprouver de la colère contre le passé. Je demande de l’aide car c’est une chose de comprendre le passé mais une  autre d’être libre de tout ressentiment et de rancune envers lui. La prière agit car il y a soumission, reddition.

La prière est elle-même une action et son résultat s’appelle la grâce Je crée la grâce. Je n’attends pas que la grâce vienne à moi. Je l’invoque par la prière. La prière produit aussi un résultat parce qu’il y a une acceptation de mon impuissance dans la soumission.

Si je comprends comment je ne peux rien changer à mon passé, pourquoi se fait-il que je sois en colère ? Pourquoi ai-je tant de haine envers moi-même ? Pourquoi tant de critiques envers moi-même ? Je suis impuissant, isolé, seul, dépourvu de ressources. Mon effort, ma volonté entre en jeu dans la reconnaissance de mon impuissance et dans ma capacité à prier. Ma volonté est utilisée de manière réfléchie pour me soumettre. Dans cette soumission, c’est la volonté qui est soumise, et pour soumettre et suspendre ma  volonté, j’utilise ma volonté.

Il faut voir la beauté de la prière. II n’y a aucune méditation, aucun rituel, sans prière. Nulle technique ne peut remplacer la prière car dans toute technique, la volonté est toujours là. Ici, la volonté se soumet volontairement et cette soumission accomplit des miracles. Dans la soumission elle-même, il y a acceptation. Comprenez que dans la soumission, il y a acceptation du passé.

Je ne change pas l’esprit qui se critique lui-même. Je ne veux pas d’un esprit qui ne critiquera pas les autres ou moi-même. Ce n’est pas là le problème pour moi. Tout ce que je veux, c’est d’accepter cet esprit, de pouvoir accepter l’esprit qui se critique, se fustige, se juge lui-même.

Quand je dis que j’accepte mon passé, alors j’accepte les conséquences du passé. Le résultat du passé est l’auto-critique. J’accepte l’esprit tel qu’il est, les pensées telles qu’elles sont. Je n’ai pas peur de ce mental qui se juge lui-même, de ce mental qui se condamne lui-même. Je recherche la capacité d’accepter totalement ces pensées auto­critiques.

O Seigneur, aide-moi à accepter
Cet esprit qui se juge, se critique,
Se condamne et se lamente sur lui-même.

Aide-moi, je t’en prie.
Je soumets ma volonté
Car j’ai essayé d’utiliser ma volonté pour changer.

Cela n’a pas marché. Cela ne marchera jamais.
Alors, j’abandonne.

Je n’abandonne pas par impuissance,
Je m’abandonne à toi de manière réfléchie
Je m’en remets à toi
Je livre ma volonté dans tes mains.

Je n’ai aucune raison de désespérer.
Tout ce que je veux c’est d’accepter ce passé et ses conséquences.

Je ne tente pas d’éviter ces pensées auto-critiques,
Je ne cherche pas ta grâce pour les éliminer.
Donne moi Ta grâce pour accepter toutes ces pensées.

Pour aller plus loin

Quelques liens vers le site, Vedanta, Découvrir ce qui est:

[1] La maturité et la connaissance, Devenir un être humain mature

[2] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

[3] Article en pdf, La vision védique de Dieu

[4] Article en pdf, Entrer en relation avec Isvara

[5] Article en pdf, Tout sur la grâce

La nature du temps: Physique & Vedanta

De façon générale, nous méditons sur le temps sans trop savoir à quel type d’objet nous avons affaire. Le temps est-il un objet naturel, un aspect des processus naturels, un objet culturel? Est-ce parce que nous le désignons par un substantif que nous croyons abusivement à son caractère d’objet? Qu’est-ce donc qu’indiquent vraiment les horloges quand nous disons qu’elles donnent l’heure ? Est-ce parce que nous sommes capables de mesurer le temps que de nombreuses locutions familières suggèrent que le temps est un objet physique? Mais l’idée que nous avons du temps est-elle un fidèle décalque de la réalité? En temps qu’objet de réflexion, ne se ramène-t-il pas plutôt à une représentation forgée par l’individu?

Ce sont là quelques unes des questions sur la nature du temps qu’évoquent un article d’Etienne Klein intitulé ‘Le temps de la physique’ et une série d’entretiens vidéo d’Etienne Klein intitulée ‘Le temps existe-t-il ?’ (1/4   Définition du temps ; 2/4  Les ingrédients du temps ; 3/4 La réalité du temps ; 4/4 Le temps et la foi ).

Etienne Klein est physicien et docteur en philosophie des sciences. Il dirige le Laboratoire de recherches sur les sciences de la matière du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique),

L’article d’Etienne Klein intitulé ‘Le temps de la physiquecommence par souligner le fait malgré sa familiarité apparente, l’expérience que chacun de nous en fait et les tentatives de définition qu’on peut lui donner, ‘le mot temps se perd dans les brumes dès qu’on veut en saisir le contenu’.

En dépit de son allure familière, le temps suscite des impasses et des paradoxes de toute sorte, dont le nombre semble grandir avec la pénétration du regard. La première difficulté, déjà repérée par saint Augustin, est que le mot temps ne dit pratiquement rien de la chose qu’il est censé exprimer. Le mot temps désigne – en apparence – l’objet d’un savoir et d’une expérience immédiats, mais il se perd dans les brumes dès qu’on veut en saisir le contenu. Bien sûr, on peut tenter de définir le temps : dire qu’il est ce qui passe quand rien ne se passe ; qu’il est ce qui fait que tout se fait ou se défait ; qu’il est l’ordre des choses qui se succèdent ; qu’il est le devenir en train de devenir ; ou, plus plaisamment, qu’il est le moyen le plus commode qu’a trouvé la nature pour que tout ne se passe pas d’un seul coup. Mais toutes ces expressions présupposent ou contiennent déjà l’idée du temps. Elles n’en sont que des métaphores, impuissantes à rendre compte de sa véritable intégrité.

Il souligne ensuite comment le temps ne peut être appréhendé et observé comme nous le faisons pour un objet ordinaire en mettant une distance entre lui et nous, car ‘nous sommes inexorablement dans le temps’.

La troisième difficulté que nous avons par rapport au temps est que ‘le temps n’est une  » matière  » à aucun de nos cinq sens. Il n’est pas perceptible en tant que phénomène brut.’

Et il y a aussi ‘le paradoxe, et même le prodige, de la réalité du temps’ :

Puisque le passé n’est plus, que l’avenir n’est pas encore, puisque le présent lui-même a déjà fini d’être dès qu’il est sur le point de commencer, comment pourrait-on concevoir un être du temps? Comment pourrait-il y avoir une existence du temps si le temps n’est ainsi composé que d’inexistences? De fait, le temps est toujours disparaissant. Son mode d’être est de ne pas être.

La suite de l’article explore de manière concise (et parfois technique pour un lecteur non scientifique ) le temps des physiciens, en débutant par ces réflexions,

Les scientifiques de toute discipline sont confrontés au temps. Je parlerai surtout des physiciens. Il peut sembler curieux d’associer le temps et la physique. Celle-ci cherche en effet, sans se l’avouer toujours, à éliminer le temps. Le temps est associé au variable, à l’instable, à l’éphémère, tandis que la physique, elle, est à la recherche de rapports qui soient soustraits au changement. Lors même qu’elle s’applique à des processus qui ont une histoire ou une évolution, c’est pour y discerner soit des substances et des formes, soit des lois et des règles indépendantes du temps. Dans son désir d’accéder à un point de vue quasi divin sur la nature, la physique prétend à l’immuable et à l’invariant. Mais dans sa pratique, elle se heurte au temps. Reprenons la métaphore classique comparant le temps à un fleuve qui coule. Elle évoque les notions d’écoulement, de succession, de durée, d’irréversibilité. Ces symboles font partie du questionnement des physiciens. Est-il question d’écoulement? Les physiciens se demandent si l’écoulement du temps est élastique ou non. La physique classique, sur ce point, ne répond pas comme la relativité. Est-il question de durée? Les cosmologistes, quant à eux, aimeraient savoir si le temps a eu un début et s’il aura une fin. Enfin, à l’instar du fleuve, le temps a un cours : il s’écoule inexorablement du passé vers l’avenir (ce cours irréversible n’est pas un caractère du temps parmi d’autres caractères, il est la temporalité même du temps). Mais qu’en est-il des phénomènes qui se déroulent dans le temps, s’interrogent les physiciens? Leur sens peut-il ou non s’inverser?

La conclusion de l’article est limpide et étonnante à la fois,

De fait, les physiciens sont parvenus à faire du temps un concept opératoire sans être capables de définir précisément ce mot.

…chacun des systèmes conceptuels de la physique donne au temps un statut original et particulier. Il n’y a visiblement pas d’universalité du concept de temps, ni d’unité théorique autour de lui.

La nature du temps semble ainsi échapper, selon leur propre aveu, à toute appréhension catégorique de la part des physiciens. C’est là une conclusion remarquable basée sur l’intégrité caractéristique de la démarche des scientifiques dans leur exploration de l’univers et de l’espace-temps.

Si l’on interroge le Vedanta à ce propos, il parvient par des moyens différents à une conclusion étonnamment similaire au sujet du temps et de manière plus générale à l’univers. En effet selon le Vedanta, l’univers et donc l’ensemble des phénomènes de l’univers ainsi que le temps et l’espace qui en forment le cadre sont mithya en termes de réalité. En d’autre termes, le Vedanta affirme que cet univers à qui nous attribuons une réalité absolue, tangible solide, et comme étant la seule et unique réalité ne l’est pas quant on l’examine plus en avant. L’univers (et le temps) sont mithya.

Mithya est un terme ontologique traduisant notre compréhension de la réalité des choses et qui signifie ‘satasatbhyam anirvacaniyam’, c’est à dire cela qui ne peut être défini de manière définitive ou catégorique comme étant sat, réellement existant, existant par lui-même, absolument réel ; on ne peut pas non plus affirmer que cela est asat, non existant, comme le fils d’une femme stérile ou les cornes d’un lièvre, un cercle carré pour reprendre les exemples traditionnels du Vedanta.

Ce qui est mithya se situe donc entre la non existence (asat) et la réalité absolue (sat); c’est un ‘entre-deux’ qui est celui de la réalité empirique, transactionnelle, gouvernée par des lois que découvre la science, et qui constitue le champ commun d’interaction et d’expression des êtres humains.

Swami Dayananda Saraswati, un enseignant traditionnel du Vedanta, dit que dés que l’on analyse le temps, on se rend compte il n’y a en réalité ni passé ni futur mais seulement le présent,

Le passé ne peut pas être pensé dans le passé. Il ne peut être pensé que dans le présent. Ainsi, le passé est une pensée au présent. Le futur lui aussi ne peut être pensé que dans le présent. Le passé était ‘présent’, le futur sera ‘présent’ et bien entendu, le présent est ‘présent’.

S’il en est ainsi, si le présent semble être indissociable du temps, quelle est la nature du présent ? Quand nous disons le présent, que voulons-nous indiquer exactement par ce mot? Généralement, c’est pour nous un intervalle ou un moment entre deux évènements, dont la longueur varie en fonction de notre perspective. Swami Dayananda Saraswati poursuit à ce sujet et dit que,

Le présent peut être réduit au kalpa (au cycle) présent, au millénaire présent, au siècle présent, à la décennie présente, à l’année présente, et encore plus en avant l’heure présente, la minute, la seconde, une microseconde, etc. Et tout ceci peut être divisé plus en avant ou réduit mathématiquement à l’infini.

Si le présent qui est la nature du temps se dérobe à nous quand on tente de le saisir, et se perd dans l’infini d’une régression mathématique, peut-on toujours affirmer qu’il est sat ? Non, il est mithya en termes de réalité. Tout comme le pot d’argile qui n’est qu’un nom pour un objet qui certes a une utilité et une réalité empirique mais n’a pas de réalité indépendamment de l’argile, le temps est mithya. Le temps n’est qu’un nom ou un ‘concept opératoire’ qui dépend pour son existence du Soi, de l’Etre-Conscience, que révèle le Vedanta avec l’aide d’une méthodologie d’enseignement précise et systématique. Swami Dayananda Saraswati résume en quelques mots cette relation en disant que,

Sans la présence de la Conscience, il n’y a pas de temps. Qu’est-ce donc que le présent ? Cette Conscience seule est le présent. Le présent ‘est’. La vérité du temps est la Conscience libre du temps, l’éternité. L’éternité n’est pas dans le temps. Le temps non éternel est soutenu par la Conscience éternelle, libre du temps. En réalité, il n’y a pas de temps. Ce qui est ici est uniquement la Conscience libre du temps. Le temps dépend entièrement pour son existence de la Conscience ou sat chit ananda, l’Etre-Conscience dépourvu de toute limitation. C’est cela qui est la réalité de toute chose, et la réalité du temps.

Quelques liens sur Etienne Klein

1. Le temps existe-t-il? Série de quatre vidéos entretiens d’Etienne Klein sur Youtube

1/4   Définition du temps

2/4  Les ingrédients du temps

3/4 La réalité du temps

4/4 Le temps et la foi

2. La physique du temps – Conférences à la Cité des Sciences

Les deux conférences sont sur http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/college/02-03/cours/04-03-temps/04-klein/index.htm

3. Bibliographie d’Etienne Klein

Voir sur http://www.librairiedialogues.fr/personne/etienne-klein/294023/

Pour en savoir plus sur le Vedanta

1. Voir les vidéos 11 et 12 de la série de 23 vidéos sur l’enseignement de la Bhagavad Gita par Neema Majmudar disponible sur Youtube.

Vidéo 11 :Qu’est ce que la réalité?

Vidéo 12: Je suis Etre Conscience illimitée

2. Sur le site ‘Le Vedanta, Découvrir ce qui est’

Voir les pages Les ordres de réalité; La nature du soi

St Augustin, les Confessions, sur le temps

Comme le dit Etienne Klein, Saint Augustin exprime lui aussi sa perplexité devant l’impossibilité de mettre le doigt sur la réalité du temps et sur son mode d’être, et en conclut que le passé et le futur ne peuvent se définir que relativement au présent, qui seul semble avoir une réalité.

Qu’est-ce donc que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas! Et pourtant – je le dis en toute confiance – je sais que si rien ne se passait, il n’y aurait pas de temps passé, et si rien n’advenait, il n’y aurait pas d’avenir, et si rien n’existait, il n’y aurait pas de temps présent.

Mais ces deux temps, passé et avenir, quel est leur mode d’être alors que le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore? Quant au présent, s’il était toujours présent sans passer au passé, il ne serait plus le temps mais l’éternité. Si donc le présent, pour être du temps, ne devient tel qu’en passant au passé, quel mode d’être lui reconnaître, puisque sa raison d’être est de cesser d’être, si bien que nous pouvons dire que le temps a l’être seulement parce qu’il tend au néant. […]

Enfin, si l’avenir et le passé sont, je veux savoir où ils sont. Si je ne le puis, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont pas en tant que choses futures ou passées, mais sont choses présentes. Car s’ils y sont, futur il n’y est pas encore, passé il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils n’y sont que présents. Quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n’est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d’après ces images qu’elle a fixées comme des traces dans notre esprit en passant par les sens. Mon enfance par exemple, qui n’est plus, est dans un passé qui n’est plus, mais quand je me la rappelle et la raconte, c’est son image que je vois dans le présent, image présente en ma mémoire.
En va-t-il de même quand on prédit l’avenir? Les choses qui ne sont pas encore sont-elles pressenties grâce à des images présentes ? Je confesse, mon Dieu, que je ne le sais pas. Mais je sais bien en tout cas que d’ordinaire nous préméditons nos actions futures et que cette préméditation est présente, alors que l’action préméditée n’est pas encore puisqu’elle est à venir. Quand nous l’aurons entreprise, quand nous commencerons d’exécuter notre projet, alors l’action existera mais ne sera plus à venir, mais présente. […]

Il est dès lors évident et clair que ni l’avenir ni le passé ne sont et qu’il est impropre de dire: il y a trois temps, le passé, le présent, l’avenir, mais qu’il serait exact de dire: il y a trois temps, un présent au sujet du passé, un présent au sujet du présent, un présent au sujet de l’avenir. Il y a en effet dans l’âme ces trois instances, et je ne les vois pas ailleurs: un présent relatif au passé, la mémoire, un présent relatif au présent, la perception, un présent relatif à l’avenir, l’attente. Si l’on me permet ces expressions, ce sont bien trois temps que je vois et je conviens qu’il y en a trois”.

Saint Augustin, Confessions, trad. E Khodoss, livre XI, § XIV, XVIII et XX.

L’architecture de l’univers-Georges Smoot-TED

http://ted.com/talks/view/id/404

Pour afficher les sous titres en français, cliquer sur ‘view subtitles’ et choisir ‘French’. Pour voir la vidéo sur TED, aller au lien suivant.

L’astrophysicien, cosmologiste et Nobel de Physique Georges Smoot nous montre de nouvelles images étourdissantes issues d’études de l’espace lointain, et nous enjoint à considérer comment le cosmos – avec ces toiles d’araignées géantes de matière sombre et de vides béants mystérieux – s’est développé de cette façon.

La question qui devrait vous venir à l’esprit c’est […] quel type de processus créatif et quel type d’architecture ont produit un monde comme celui-là ?

On a donc un modèle, et on peut le calculer, on peut l’utiliser pour créer des structures auxquelles nous pensons que l’univers ressemble vraiment.

Georges Smoot on the design of the universe

Quand on voit toutes ces magnifiques images résultant de longues années de recherche, ces modèles et simulations (dont une a nécessité des milliers de processeurs à l’oeuvre pendant 30 jours) on ne peut que s’émerveiller devant la connaissance inimaginable qui se manifeste dans le processus de construction de l’univers et la curiosité insatiable de l’être humain qui parvient à dé-couvrir quelques unes de ses structures fondamentales.

Lire aussi sur ce blog

1. Un regard sur l’univers – Entretien avec l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan

2. La nouvelle histoire de l’univers- Brian Swimme

3. Modern cosmology & Vedanta – Does the universe have a beginning?


Le cerveau à tous les niveaux

Vodpod videos no longer available.

Parmi les sujets qui sont indirectement connectés au Vedanta et donc qui méritent d’être explorés plus en avant sont le cerveau, le comportement humain, les émotions et la conscience.

J’ai découvert un site qui se trouve être une source incroyablement riche d’informations sur ces sujets. Il s’intitule ‘Le cerveau à tous les niveaux’ et est une initiative affiliée et financée par le Canadian Institute of Health, Institute of Neurosciences, Mental Health and addiction.

Il inclut différents sujets comme le plus récent ‘L’émergence de la conscience’‘Les émotions et le cerveau’ et ‘Le plaisir et la douleur‘ pour en citer quelques uns. Ce qui est remarquable est que les sujets peuvent être explorés à différents niveaux d’explication (débutant, intermédiaire, avancé) et d’organisation (social, psychologique, neurologique, cellulaire, moléculaire).

En guise d’illustration, on peut consulter les chapitres suivants concernant ‘L’émergence de la conscience’ au niveau psychologique et débutant : Qu’est ce que la conscience, Les approches philosophiques de la conscience, L’apport des sciences cognitives, Les failles du modèle classique de la conscience, Quelques concepts et modèles prometteurs issus des neurosciences. Ces mêmes chapitres peuvent être explorés à un niveau intermédiaire ou avancé.

Pour en savoir plus

Sur le sujet du sentiment du je, de la conscience selon les neurosciences et le Vedanta, vous pouvez consulter l’article ‘Conscience et neurosciences’ déjà publié dans ce blog.

La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot

Raphael, Ecole d'Athènes, 1510

Quelques passages lumineux d’un ouvrage de Pierre Hadot, historien de la pensée antique et  philosophe, intitulé ‘Exercices spirituels et philosophie antique’ (Albin Michel, 2002).

Pierre Hadot a renouvelé en profondeur la perspective que nous avions de la philosophie antique, en montrant dans ses écrits que la philosophie à l’époque hellénistique et romaine est ‘un mode de vie’, ‘un art de vivre’, ‘une manière d’être’ et non une théorie ou un pur discours philosophique.

Ce qui m’a frappé dans les citations qui suivent est que le Vedanta pourrait très bien être défini dans les mêmes termes que la philosophie antique et non comme il est souvent présenté de manière erronée, comme une spéculation métaphysique sur la réalité, une ontologie sophistiquée et abstraite, une tradition ‘mystique’ réservée à quelques initiés ou une religion polythéiste sur fond de monisme.

Sur la philosophie comme manière de vivre selon les philosophes antiques (Socrate, Platon, Plotin, Epictète, Epicure, Sénèque, Marc Aurèle, etc.) Pierre Hadot nous dit que,

A leurs yeux, la philosophie ne consiste pas dans l’enseignement d’une théorie abstraite, encore moins dans une exégèse de textes, mais dans un art de vivre, dans une attitude concrète, dans un style de vie déterminé, qui engage toute l’existence. L’acte philosophique est un progrès qui nous fait être plus, qui nous rend meilleurs. C’est une conversion qui bouscule toute la vie, qui change l’être de celui qui l’accomplit. Elle le fait passer d’un état d’inauthenticité, obscurcie par l’inconscience, rongé par le souci, à un état de vie authentique, dans lequel l’homme atteint la conscience de soi, la vision exacte du monde, la paix et la liberté intérieure. (pages 22-23)

Sur la ‘conversion qui bascule toute la vie, qui change l’être de celui qui l’accomplit’, Pierre Hadot définit tout d’abord la conversion en revenant à son étymologie,

Le mot latin conversio correspond en fait à deux mots grecs de sens différents, d’une part epistrophè qui signifie ‘changement d’orientation’, et implique l’idée d’un retour (retour à l’origine, retour à soi), d’autre part metanoia qui signifie ‘changement de pensée’, ‘repentir’, et implique l’idée d’une mutation et d’une renaissance. Il y a donc, dans la notion de conversion, une opposition interne entre l’idée de ‘retour à l’origine’ et l’idée de ‘renaissance’. (Page 223)

Ces deux volets de cette notion si féconde de conversion peuvent être rapprochés de la tradition du Vedanta qui mentionne que son propos est double ; d’un côté, revenir à soi par la re-connaissance de notre nature essentielle, illimitée, déjà accomplie de toute éternité ; de l’autre la transformation de l’individu, la maturité et la recherche d’une objectivité à tous les niveaux de la vie quotidienne.

Pour ce qui est de la perspective philosophique, de l‘importance de la parole et de la méthodologie d’enseignement, on peut citer aussi,

…dans les écoles stoïcienne, épicurienne et néoplatonicienne…la philosophie devient essentiellement un acte de conversion. Cette conversion est un évènement provoqué dans l’âme de l’auditeur par la parole d’un philosophe. Elle correspond à une rupture radicale avec la manière habituelle de vivre…Dans cette perspective, l’enseignement philosophique tend à prendre la forme d’une prédication, dans laquelle les moyens de la rhétorique ou de la logique sont mis au service de la conversion des âmes. …la philosophie apparaît comme un appel à la conversion par laquelle l’homme retrouvera sa nature originelle (epistrophè) dans un violent arrachement à la perversion où vit le commun des mortels et dans un profond bouleversement de tout l’être (c’est déjà la metanoia).  (Page 226)

Au sujet de la ‘rupture radicale avec la manière habituelle de vivre’, Pierre Hadot ajoute,

Sous toutes ces formes, la conversion philosophique est arrachement et rupture par rapport au quotidien, au familier, à l’attitude faussement ‘naturelle’ du sens commun ; elle est retour à l’originel et à l’originaire, à l’authentique, à l’intériorité, à l’essentiel ; elle est recommencement absolu, nouveau point de départ qui transmue le passé et l’avenir. …Sous quelque aspect qu’elle se présente, la conversion philosophique est accès à la liberté intérieure, à une nouvelle perception du monde, à l’existence authentique. (Pages 233-234)

Il y a bien entendu des différences entre la philosophie antique et le Vedanta qu’il conviendrait d’examiner plus en avant. Mais ce n’est pas le propos de ce billet. Je voudrais plutôt souligner ici que les traditions anciennes de sagesse, qu’elles appartiennent au monde gréco-romain ou indien, répondent à une quête de sens et de liberté, universelle et constitutive de l’être humain. Pour résonner au plus profond de notre être et continuer d’être actuelles, ces sagesses ont cela de commun qu’elles sont ancrées dans le réel et la vie et non dans un brouillard complexe de théories et de mots. Par là, elles sont une puissante invitation à la transformation, au retour à soi et au monde.

Quelques autres ouvrages de Pierre Hadot

1. La philosophie comme manière de vivre, Entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold I. Davidson

Albin Michel, Paris, collection Itinéraires du savoir

2. Qu’est-ce que la philosophie antique ? Gallimard , Paris, collection Folio essais

Pour en savoir plus sur le Vedanta

1. Voir la série de 23 vidéos sur l’enseignement de la Bhagavad Gita, qui montre la profondeur et l’actualité de ce texte fondateur de la pensée philosophique indienne.

2. Sur le site consacré au Vedanta, visiter les pages La vision du Vedanta; La maturité et la connaissance

Interdépendance: Le musicien et le cosmos

Quelle est ma place dans l’univers? De quelle manière puis-je dire que je suis connecté à toute chose? Quelles sont les aspects de cette relation intime et fondamentale que j’ai avec la nature, la société et les autres êtres vivants?

Lorsque je prends conscience de la réalité de l’interdépendance, ma responsabilité envers l’univers s’éveille naturellement;  je décide alors d’y apporter ma propre contribution, de manière libre et dynamique, en fonction de mes ressources et de ma place dans l’ordre des choses.

Tel un musicien de jazz qui donne libre cours à sa créativité, brode et improvise autour d’un thème qui lui est donné et exprime pleinement ses talents, tout en restant en dialogue constant avec le groupe auquel il appartient, contribuant ainsi à l’immense symphonie de l’univers.

Un grand merci à mes chers amis Dino et Elodie qui ont tourné cette vidéo en septembre 2008 à Rishikesh, sur les bords du Gange, durant une retraite intensive de Vedanta.

Vodpod videos no longer available.

Pour aller plus loin

Quelques liens vers le site, Vedanta, Découvrir ce qui est:

[1] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

[2] Article en pdf, La vision védique de Dieu

[3] Article en pdf, Entrer en relation avec Isvara

Vers des articles/vidéos sur le même sujet:

[1]  A quoi ressemblerait le monde et Réflexions (en anglais) sur cette vidéo dans Global Oneness project vidéo, What would it look like?

[2] Home, le fim de Yann Arthus Bertrand dans The beauty & delicate harmony of our planet