Rabindranath Tagore et la vision des Upanishads

J’ai retrouvé des poèmes de Rabindranath Tagore dans mes notes. Je me suis rendu compte qu’ils expriment avec une grande beauté la vision émerveillée de celui qui est conscient de la présence du Divin dans sa vie, dans la nature et en lui-même.


Ces poèmes nous donnent des pistes précieuses sur la manière d’intégrer, d’assimiler l’enseignement des Upanishads au sujet d’Isvara, le Divin, qui est manifesté dans tout l’univers et en nous. Il est ainsi possible d’éprouver la présence d’un Etre, auquel je, le monde, l’ensemble des êtres humains sont fondamentalement ‘reliés’ ou en lequel ils sont ‘unis’.


Car en réalité, il n’y a qu’un seul véritable Etre qui soit, qui se manifeste sous la multiplicité des formes de l’univers, et qui m’inclut en tant qu’individu. Toutes ces formes sont en perpétuel changement, au sein même de cette intelligence et de ce pouvoir infini, et ne sont jamais séparées de Lui.


Pour arriver à cela, ce que nous avons compris grâce à l’enseignement doit s’infiltrer en profondeur à l’intérieur de nous, aller bien ‘au delà’ d’une compréhension superficielle des concepts de cause matérielle-cause intelligente, manifesté-non manifesté, maya, etc. et devenir peu à peu une réalité, un fait. Il n’y a là aucune place pour l’imagination ou l’adhésion aveugle ou forcée à un ensemble de croyances. Mais plutôt un lent travail personnel, un processus de dévoilement, une relation avec Isvara qui se construit patiemment et qui aboutit à une révolution intérieure et silencieuse, avec Sa grâce qui nous accompagne tout du long.


Ce type particulier de poésie quand elle s’allie à une l’exposition à l’enseignement est un pont pour voir la présence du Divin partout, dans notre vie. Plus j’y pense, plus je me rends compte qu’il est impossible de faire l’impasse sur Isvara si l’on veut parvenir à la sérénité, la joie et enfin la liberté.

Je laisse la parole au Poète !!


tagore

‘Le même flux de vie
qui coule dans mes veines nuit et jour
court à travers l’univers
et danse en rythmes et mesures.

C’est la même vie qui perce, heureuse,
à travers la poussière de la terre
en d’innombrables brins d’herbes
et qui éclate en vagues tumultueuses
de feuilles et de fleurs.

C’est la même vie qui est bercée dans l’océan
en flux et reflux de naissance et de mort.

Mes membres, je les sens communiquer
avec cet univers de vie
et ils deviennent resplendissants.

Et ce qui fait ma fierté,
c’est ce battement de la vie des origines
qui danse en ce moment dans mon sang.’

Rabindranath Tagore


‘Ce jeu qui est le tien

C’est de nous balancer

Au rythme d’une mélodie silencieuse

De nous balancer sur ta balançoire.

Tu nous fais monter jusqu’à la lumière

Et brusquement tu nous précipites

Au fond des ténèbres.

Quand la balançoire remonte

Ce sont des rires joyeux.

Quand elle redescend, ce sont des cris de peur.

Ce trésor qui est le tien

Tu le fais passer de ta main droite à ta main gauche

Et encore et encore.

Assis dans la solitude

Tu rassembles les soleils et les lunes

Et tu les fais tourner sans cesse

Tu les dévoiles et ils sont nus

Puis tu les habilles d’un voile qui nous les cache.

Croyant que les trésors de notre coeur nous ont été arrachés

Nous pleurons des larmes inutiles.

Mais tout est plein et complet

Rien n’a été perdu.

Il n’y a que la balançoire

Sans cesse, qui va et qui vient.’

Rabindranath Tagore (Poème 38, Utsarga)


« Lumière ! Ma lumière ! Lumière emplissant le monde, lumière baiser des yeux, douceur du coeur, lumière !
Ah ! La lumière danse au centre de ma vie! Bien-aimé, mon amour retentit sous la frappe de la lumière.

Les cieux s’ouvrent ; le vent bondit; un rire a parcouru la terre.
Sur l’océan de la lumière, mon bien-aimé, le papillon ouvre son aile.

La crête des vagues de lumière brille de lys et de jasmins.
La lumière, ô mon bien-aimé, brésille l’or sur les nuées ; elle éparpille à profusion les pierreries.
Une jubilation s’étend de feuille en feuille, ô mon amour !

Une aise sans mesure. Le fleuve du ciel a noyé ses rives ; tout le flot de joie est dehors. »

Rabindranath Tagore (Poème 59, Gitanjali)

(extrait de la version française, L’Offrande lyrique)

Liens avec le site parent Découvrir le Vedanta :

[1] L’équation Tu es Cela, la cause de l’univers

[2] L’équation Tu es Cela, la nature de ‘Cela’

[3] La maturité et la connaissance, L’individu et le tout

[4] Article en pdf, La vision védique de Dieu

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